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ACCORD ISRAELO-EMIRATI : ABRAHAM ET JUDAS ‎

by admin

J’ai suivi à la télévision la conférence de presse convoquée par Benyamin Netanyahou pour ‎annoncer à son pays la conclusion de l’accord de « normalisation » des relations avec les ‎Emirats arabes unis. ‎

Un accord placé sous la tutelle symbolique d’Abraham, le patriarche en qui se reconnaissent ‎le judaïsme, le christianisme et l’islam et qui institue une alliance non pas religieuse, mais ‎stratégique et militaire entre l’Etat juif, les Etats-Unis à dominante chrétienne et certains ‎pays sunnites.‎

On n’avait jamais vu « Bibi » (diminutif de Benyamin) dans pareil état. Il jubilait. Il avait ‎énormément de peine à contenir sa surexcitation, à cacher sa joie dans les limites du ‎convenable. Il trépignait de bonheur comme un enfant. Il planait comme un derviche-‎tourneur en extase. On sentait qu’il avait envie de sauter au ciel et d’envoyer balader les ‎journalistes-enquiquineurs qui voulaient lui gâcher son plaisir.‎

En tout cas ce n’est pas à lui qu’on penserait en parlant de Judas, malgré la persistance des ‎journalistes israéliens à vouloir le faire passer pour tel en le poussant à avouer qu’il avait ‎abandonné sa promesse de reprendre aux Palestiniens d’importantes parties des territoires ‎qui leur ont été concédés par les accords d’Oslo. A qui alors ? ‎

Quelques minutes auparavant, j’avais suivi la déclaration de Trump depuis son bureau ‎donnant en primeur l’information, mais lui avait réussi à dissimuler son bonheur jusqu’à ‎paraître triste. Il sait que c’est l’unique chance qu’il lui reste de rebondir dans les intentions ‎de vote d’ici novembre, et ne tenait pas à le montrer. Les temps sont durs, mieux vaut la ‎jouer modeste.‎

Joie explosive chez Netanyahou, le « sauvé des eaux » (sens du nom de Moïse) in extremis, ‎profil bas dans le camp de Trump en sursis, désespoir définitif chez les Palestiniens qui ont ‎reçu la nouvelle comme un faire-part de décès, et nouveau choc pour les peuples arabo-‎amazigho-musulmans surpris par l’incessante réincarnation de Judas dans leur histoire.‎

Mais qu’en est-il chez les Emiratis et les pays de la région qui vont suivre leur exemple dans ‎les prochains jours ou les prochaines semaines ? Ils vont mieux respirer et mieux dormir ‎maintenant qu’ils ont fait d’Israël un pays frontalier de l’Iran. Celui-ci ne rêvait pas d’une ‎telle aubaine et enrageait de savoir que l’Iran avait pris position tout au long de la frontière ‎qu’il partage avec le Liban à travers le Hezbollah.‎

Tout indique que la plupart des pays arabes finiront par se délester de la cause ‎palestinienne, suivant en cela l’exemple du reste du monde depuis que l’islamisme ‎l’a cassée en deux, donnant lieu à deux Etats palestiniens rivaux, deux principautés ‎ennemies, Gaza et Ramallah. La prière des morts vient d’être dite sur eux, victimes d’eux-‎mêmes avant de l’être à titre collatéral par l’Accord Abraham. ‎

La révolution iranienne qui s’est transformée (comme je l’écrivais en juin 1979, de retour ‎d’Iran) en puissance persane, a généré à son tour un islamisme chiite conquérant qui a ‎conduit à des guerres civiles au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen, plongeant le monde ‎arabo-musulman dans une guerre intra-islamique qui n’épargnera aucun pays. La Turquie ‎vient d’y ajouter son grain de sel avec les gros sabots du pacha Erdogan.‎

Le Liban qui est au bord de l’écroulement ne trouvera pas de solution à son problème ‎fondamental qui n’est ni le confessionnalisme, ni la compétence et l’intégrité des dirigeants ‎actuels ou à venir, mais la présence d’un Etat dans l’Etat, le Hezbollah chiite, ‎démographiquement et politiquement majoritaire et possédant une armée plus entraînée et ‎mieux équipée que l’armée officielle. Il faudrait pour cela passer par une quasi guerre ‎mondiale. Qui s’y résoudra ? ‎

Djamal-Eddin al-Afghani (d’origine persane), Mohamed Abdou (Egyptien) et Abderrahmane ‎al-Kawakabi (Syrien) rêvaient de renaissance du monde musulman et de Nahda à la fin du ‎XIXe siècle.

Ils ne pouvaient imaginer qu’il ne se réveillerait pas pour s’installer dans le ‎monde en tant que civilisation adaptée à la nouvelle organisation et aux nouvelles finalités ‎humaines, mais pour s’autodétruire dans une guerre intra-islamique sans fin. ‎

On n’en est qu’au début.‎

14 Août 2020

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