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LES ARABES ONT ARABISE L’ISLAM PLUS QU’IL NE LES A ISLAMISES

by admin

Le rôle néfaste joué par Amr Ibn Al-As dans l’histoire de l’islam ne semble pas avoir assez retenu l’attention des historiens.

Au début de sa mission, le Prophète s’était heurté à une féroce opposition de la part des notables de la Mecque. Craignant pour la vie de ses premiers adeptes, il leur a recommandé de s’exiler en Abyssinie (Éthiopie), leur disant : « Allez là-bas, vous y trouverez une terre de culte où règne un prince chrétien juste et bienfaisant, et où l’oppression est inconnue. Restez-y jusqu’à ce que Dieu opère en notre faveur quelque changement dans notre patrie».Ils étaient environ soixante-dix.

L’ayant appris, l’oligarchie mecquoise charge un de ses notables les plus opposés à la mission prophétique, Amr Ibn Al-As, de se rendre auprès du Négus pour obtenir leur expulsion. Ce dernier l’éconduit.

En 629, soit quelques mois avant la prise de la Mecque, il se convertit à l’Islam après l’avoir combattu à Badr et à Ohoud. Le Prophète le nomme gouverneur de Oman.

Dans la dixième année de son califat, Omar ibn al-Khattab est assassiné.Avant de décéder, il désigne une commission de six membres et lui confie le soin de désigner parmi eux le prochain calife. Amr ibn Al-As élabore un stratagème pour écarter Ali alors que la commission inclinait en sa faveur. Othman, appartenant comme Amr ibn Al-As à la tribu des Banu Omeyya, est proclamé.

Dans la douzième année du califat de Othman, une révolte d’un grand nombre de musulmans venus de plusieurs provinces éclate contre lui.

Amr Ibn Al-As trahit Othman qui l’avait démis de ses fonctions de gouverneur de l’Égypte et se range du côté des insurgés qui finissent par assassiner le calife et jeter sa dépouille dans un cimetière juif. Ali est élu calife, mais Moawiya, fils d’Abou Soufiane et de Hind qui se sont opposés de toutes leurs forces à l’Islam jusqu’en 630 (le Prophète est mort en 632), refuse de le reconnaître et lève une armée pour le contrer.

Lorsque la bataille de Siffin entre les troupes du calife légitime et celles de Moawiya tourne à l’avantage de Ali, Amr Ibn Al-As suggère à Moawiya de faire accrocher au bout des lances de ses partisans des feuillets du Coran pour obtenir une trêve, puis propose qu’il soit recouru à un arbitrage (Tahkim).

Ali commence par refuser, devinant la ruse, mais des pressions sont exercées sur lui dans son propre camp .Deux représentants des deux chefs sont enfin désignés : Amr Ibn Al-As pour Moawiya, et Abou Moussa El Achaâri pour Ali. Ce dernier est vite circonvenu par Amr, et l’arbitrage renvoie dos-à-dos les deux protagonistes. C’est de ces «négociations» entre la légitimité et le coup d’État que sont nés tous les schismes connus par l’Islam.

Amr Ibn Al-As retrouvera ses fonctions de gouverneur d’Égypte jusqu’à sa mort en 663.Tabari rapporte dans son livre « Les quatre premiers califes» une scène qui résume l’embarras des musulmans de l’époque, mais aussi leur acceptation finale du fait du prince.

Amr Ibn Al-As confère avec ses fils afin de décider de la position à adopter dans le conflit entre Ali et Moawiya.L’aîné d’entre eux, Abdallah, trouve la solution: «Ali est un homme sage, noble et détaché de ce monde, il n’a besoin de personne, tandis que Moawiya doit rechercher les services de tous, surtout des gens capables. Embrasser la cause de Ali vaut mieux en vue de la vie future, soutenir Moawiya est plus profitable pour la vie actuelle».

On peut donner le nom de « syndrome de Moawiya » dans le monde musulman, le phénomène décrit par le penseur espagnol José Ortéga Y Gasset sous le nom d’« Encanaillement » dans son livre «La Révolte des masses» en ces termes : «L’encanaillement n’est rien d’autre que l’acceptation en tant qu’état habituel et normal d’une irrégularité, d’une chose qui continue de paraître anormale, mais que l’on continue d’accepter.

Or, comme il n’est pas possible de convertir en une saine normalité ce qui, dans son essence même, est criminel et anormal, l’individu décide de s’adapter lui-même à la faute essentielle et de devenir ainsi «partie intégrante» du crime et de l’irrégularité qu’il entraîne…

Toutes les nations ont traversé des époques pendant lesquelles quelqu’un qui ne devait pas les commander aspirait pourtant à le faire. Mais un fort instinct leur fit concentrer sur le champ leurs énergies et expulser cette illégitime prétention au commandement.

Elles repoussèrent l’irrégularité et reconstruisirent ainsi leur morale publique… Mais il en est qui font tout le contraire: au lieu de s’opposer à être commandées par quelqu’un qui leur répugne dans leur for intérieur, elles préfèrent falsifier tout le reste de leur être pour s’accommoder à cette fraude initiale».C’est exactement ce qu’ont fait les musulmans depuis la bataille de Siffin où ont péri 40.000 musulmans dans un conflit dont la raison était la prise du pouvoir par la force et la ruse. C’est aussi ce qu’ont fait les Algériens depuis leur indépendance.

Après s’être emparé du pouvoir, Moawiya instaure la dynastie héréditaire qui sera également instaurée après lui par les Abbassides, les Fatimides, les Almoravides, les Almohades, les Mongols, les Ottomans et même les soi-disant républiques.

Et c’est de ces faits accomplis, de ces précédents, de cette suite de coups d’États qui ont jalonné l’histoire du pouvoir musulman, que fouqahas et ulémas, ont élaboré les règles de l’exercice du pouvoir en Islam, règles devenues partie intégrante de la Chari’a.

En fin de compte, les Arabes ont arabisé l’islam plus qu’il ne les a islamisés. A la manière des Juifs, ils ont fait de l’islam « la religion des Arabes ».

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