Je n’ai pas attendu la naissance du MAK pour savoir que l’amazighité et la Kabylie seraient un jour manipulées et retournées contre l’Algérie pour les détruire toutes les deux du même coup. J’ai exprimé cette appréhension, cette prémonition, dans une série d’articles aux titres explicites parus dans le quotidien francophone « El-Moudjahid » : « Vérités sur la culture » (12 avril 1981), « Origines et vocation de l’Algérien » (14 avril) et « L’Algérien et le sens du monde » (15 avril). Je les avais écrits dans l’ambiance du premier « Printemps berbère » déclenché par le Mouvement culturel berbère (MCB).
Dix ans plus tard, dans une interview accordée au journaliste Mustapha Chelfi du « Quotidien d’Algérie » du 29 octobre 1991 sous forme d’« Abécédaire », je lui répondais à la lettre K comme Kabylie : « D’aucuns l’ont, par des procédés divers, dessinée en pointillés sur la carte pensant pouvoir, le moment venu, la détacher de l’ensemble.
C’est que le séparatisme est déjà en action dans l’esprit de ceux pour qui une carrière politique peut justifier n’importe quel crime. Le PRA perçoit cette région comme une partie de son corps, de son âme, de son moi. Elle ne saurait être un enjeu politique.».
En 1997, j’ai publié en version arabe et française un livre intitulé « L’Algérie entre le mauvais et le pire : Essai sur la crise algérienne » où je disais : « La Kabylie a donné à l’Algérie tout au long de son histoire des libérateurs, des leaders spirituels, des hommes d’État, de grands écrivains, des artistes de renom, mais elle est aussi la seule région d’Algérie à se caractériser par la possession de deux partis politiques au profit desquels elle vote systématiquement, non pour transmettre quelque message séparatiste mais par simple réflexe localiste. La preuve en est qu’on y vote aussi pour le pouvoir et l’islamisme quoique dans des proportions dérisoires.
Des Kabyles ont été chefs du FIS, et le terrorisme s’y est implanté et y a frappé autant qu’ailleurs. C’est également une des régions où le taux d’abstention est traditionnellement élevé, autre signe qu’elle n’est pas totalement acquise à la cause berbériste et au corollaire qu’elle a voulu développer: le complexe de « minorité nationale » Il n’est cependant pas possible de faire semblant d’ignorer l’existence d’une tendance ethniciste au sein de ce mouvement.
De la revendication linguistique, elle est passée à la revendication politique allant jusqu’à susciter un «Congrès Mondial Amazigh » se proposant de réunir le « peuple Amazigh» dispersé à travers plusieurs pays appelés d’un nom nouveau, « Tamazgha».
La terminologie s’inspire manifestement du rôle joué par le « Congrès Mondial Juif » dans le regroupement de la «diaspora » sur la terre palestinienne.Un des promoteurs de ce congrès a déclaré : «La défense de la culture berbère entre dans un cadre plus général, celui de la défense des peuples minoritaires». On ne peut être plus explicite. D’ailleurs, la réunion de ce Congrès s’est achevée sur la revendication de l’autodétermination des Touaregs.
On est loin des préoccupations linguistiques. Les chefs des deux partis en question (FFS et RCD) ont par ailleurs ostensiblement manifesté leur intérêt pour l’expérience de la Catalogne qu’ils ont visitée dans un passé récent.
L’idée d’ «autonomie» polarise l’attention de quelques esprits au sein de cette mouvance pour qui elle apparaît comme un moyen de contrer le « projet islamiste » totalitaire auquel elle est pourtant antérieure.
La langue berbère est parlée dans de nombreuses régions (Aurès, M’zab, Sud…) mais ce n’est qu’en Kabylie qu’existe la revendication intransigeante d’une identité au contenu à peine esquissé.
La communauté mozabite, entre autres, s’exprime en berbère, autant ou peut-être plus qu’en Kabylie, mais elle n’a développé aucune hostilité à l’égard du cachet arabo-musulman qui s’est surajouté au fil du temps au cachet berbère originel, donnant ainsi une image de ce que peut être l’intégration des éléments constitutifs de la personnalité algérienne :
l’Islam, l’arabité et l’amazighité.Il n’existe pas davantage chez la communauté mozabite un quelconque complexe à l’égard de la langue française ou de la culture occidentale. Mieux encore, le M’zab aurait pu promouvoir une revendication spécifique, celle de généraliser le rite ibadite à l’ensemble de l’Algérie, en faisant valoir son antériorité au rite malékite, mais il n’a pas cédé à cette tentation.
Il serait néanmoins erroné de penser que le provincialisme est une spécificité de la Kabylie, car il sévit un peu partout dans le pays.
L’Ouest algérien a vu se former des partis politiques autour de la défense de l’idée de «régionalisation» au motif que le pouvoir recrutait ses figures dans l’Est du pays, ce qui est tout à fait indéniable. Mais l’électorat ne les a pas suivis sur cette voix.
L’Ouest n’avait pas sur quoi faire reposer une revendication idéologique, linguistique ou ethnique, et c’est pourquoi il s’est contenté de réclamer un régionalisme de type économique et administratif.
Il reste que davantage de décentralisation serait une bonne chose pour une meilleure gestion des régions à partir de leurs spécificités socio-économiques, compte tenu de l’immensité du territoire national et de la diversité de ses richesses tant économiques que culturelles ».

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Monsieur Boukrouh,
Au risque de vous importuner, mais je ne vous le répèterai jamais assez , ce n’est pas à nous ou à l’opinion publique algérienne seulement qu’il faut faire part de vos contributions, de vos appréhensions sur un éventuel séparatisme de la Kabylie avec , pour vous ses graves conséquences , alors que certains kabyles pensent que c’est la meilleur solution après 63 ans de patience pour la reconnaissance non encore effective leur amazighité , leur berbérité ou à minima pour la Kabylie, mais le dire plutôt directement au pouvoir autocratique politico militaire et policier qui tient à tout prix à sa doctrine idéologique politico religieuse arabo islamique EXCLUSIVE, et à son panarabisme invétéré et ce depuis 1962 et même avant, qui a certes droit à sa place mais pas pour prendre « TOUTE » la place.
Pourquoi je vous demande cela ? Eh bien dans le but de les inciter à aller vers une transition démocratique INCLUSIVE , d’aller vers une autre gouvernance, vers un Etat de Droit où TOUS les algériens qu’ils soient berbères, kabyles, chaouis, targuis, mozabites, arabes, musulmans, croyants ou non croyants, chrétiens , athées ou agnostiques, auront la même considération et le même respect dans un Algérie enfin libre, démocratique et juste.
C’est à Changriha, à Tebboune , à l’Etat Major de l’armée ou ceux qui sont leur succéderont qu’il faut rendre destinataires de vos contributions et pas seulement à nous les citoyens, car se sont eux les vrais décideurs, les r’boubs edzaier comme on dit.
A + et mes respects