Près de quatre mois après l’adoption de la résolution 2797 sur le Sahara occidental, le Maroc et le Polisario n’ont toujours pas entamé les négociations ordonnées par le Conseil de sécurité.
L’ambiance générale qui régnait après l’adoption, laissait penser que le dossier allait rapidement rentrer dans sa phase finale, sur la base du Plan d’autonomie marocain, principalement, mais il n’en a rien été. L’enthousiasme est retombé au fil des semaines, laissant s’installer à nouveau le statu quo comme si la percée à laquelle tout le monde avait cru n’avait jamais existé.
Le plus étrange était le silence américain qu’on voyait se transformer en clair-obscur, au fur et à mesure des interventions médiatiques de Mr Massad Boulos qui s’escrimait à fusionner les solutions du Maroc et du Polisario sans succès, car antagoniques.
On avait la sensation d’être encore une fois dans l’impasse, que les États-Unis ne savaient plus sur quel pied danser, ni de quel côté pencher, vers l’Autonomie ou l’Autodétermination. Auraient-ils changé de position, la recentrant pour s’éloigner de l’unilatéralisme et des faits accomplis marocains ? Dans le même temps que l’espoir d’une solution équilibrée revenait au sein des Sahraouis, le doute s’insinuait dans les rangs marocains, réduisant sensiblement leur autosatisfaction. Mais il peut y avoir une autre explication aux hésitations américaines.
Car quand on scrute le Plan d’autonomie marocain, on ne peut ignorer qu’il subordonne les résultats des négociations entre le Maroc et le Polisario à un référendum des populations sahraouies de l’intérieur et de l’extérieur (voir points 8, 27 et 28). Si le résultat est un rejet de l’Autonomie, le Sahara occidental ne deviendra pas pour autant indépendant, et l’intégration au royaume marocain se fera automatiquement, avec en prime la bénédiction de l’ONU. Les Sahraouis perdront l’autonomie offerte, l’indépendance rêvée et le Polisario en tant qu’incarnation de leur cause.
Ils auront servi l’intérêt marocain au-delà de ses propres espérances. Si le résultat est en faveur d’un Plan d’Autonomie négocié avec le Polisario (points 9, 29, 33, 34), et par conséquent amélioré, il sera l’expression d’un choix populaire souverain au terme duquel les Sahraouis de l’intérieur et de l’extérieur (voir points 30, 31, 32) récupéreront leur territoire (270.000 km²), rétabliront leur unité nationale, et éliront un parlement qui dégagera un gouvernement représentatif (voir points 12, 13, 20, 21) A ce moment-là, l’équation s’inversera : les Sahraouis tiendront la proie, et le Maroc l’ombre et les symboles.
Je pense qu’en l’état actuel des choses dans le monde, et encore plus dans le futur, le Plan d’autonomie marocain tel quel, avant ou sans négociations, servira davantage les intérêts des Sahraouis et du Polisario, que le Maroc et Trump.Si cette analyse est faite par les Américains, il ne faut pas s’étonner qu’ils conçoivent une autre démarche pour contourner les blocages ainsi que le suggèrent les informations provenant ces derniers jours du Sénat américain.
Un activisme est apparu à l’intérieur du Sénat qui vise simultanément l’Algérie et le Polisario, et appelle à des sanctions contre la première pour ses achats d’armements russes, et à l’inscription du second sur la liste des organisations terroristes.
Comme çà, le combat se terminera faute de combattants en face. C’est une vue de l’esprit ? J’aimerais bien.
