Le Polisario a eu dans son histoire deux occasions de faire avancer sa cause : en 1979 et en 1991. Il les a ratées. Par absence de réactivité dans la première, par excès de confiance dans la seconde. Il en a aujourd’hui une troisième.
La réponse qu’il vient d’adresser à l’ONU n’est pas innovante. Elle est déconnectée de la réalité des conditions du monde. Elle est la reprise de la réponse faite au plan d’autonomie du Maroc en 2007 qui était restée sans suite.
Depuis, la politique internationale a changé, les acquis diplomatiques de la RASD ont été rognés et le bon Dieu a placé à la tête de l’Amérique un Donald Trump au lieu d’un Omar Ibn Khattab qui était homme à sacrifier le monde pour des idéaux, alors que Trump n’hésiterait pas à provoquer l’Apocalypse pour les intérêts de son pays et de ses alliés.
Bien sûr que pour le Polisario, l’Algérie et l’ONU l’idéal aurait été de régler problème du Sahara occidental par un référendum d’autodétermination, mais cette voie a débouché sur une impasse.
L’occasion qui se présente aujourd’hui au Polisario est celle du choix entre 1 « tiens » et 10 « tu l’auras », entre « tenir » un plan d’autonomie négociable, et « courir » après un référendum que les conditions actuelles du monde ont rendu caduc. Est-il préférable de rester dans le jeu, de retrouver sa terre et son peuple, ou d’en être exclu et même chassé du stade sans savoir que faire et où aller après.
Ce à quoi presque personne n’avait fait attention et qui a été passé sous silence il y a longtemps, c’est que l’invasion marocaine du Sahara occidental s’est faite en deux temps, en 1975 et 1979.
En 1975 contre le Sahara occidental proprement dit, et en 1979 contre un territoire mauritanien rétrocédé à la RASD en vertu de l’Accord d’Alger.Avant la signature de l’Accord de Madrid en 1975 entre l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie, il y avait un seul Sahara occidental.
Deux pays en revendiquaient la propriété, le Maroc et la Mauritanie. Il fallût procéder à un partage pour arriver à deux « Sahara » échéant l’un au Maroc avec pour capitale Laâyoune, et l’autre à la Mauritanie avec pour capitale Dakhla.
La résistance militaire sahraouie s’était concentrée entre 1975 et 1979 sur la Mauritanie qui, de guerre lasse, ouvrit des négociations avec elle.
En aout 1979 les deux parties arrivent à un accord de paix assorti du renoncement de la Mauritanie au territoire sahraoui. A peine l’Accord était-il signé que le Maroc, avec l’aide militaire de la France, envahit Dakhla.
L’ONU et la communauté internationale ne s’en étaient pas émues, l’Algérie venait d’enterrer Boumediene et le Polisario était tétanisé par les avions Mirage français.
La lutte armée contre le Maroc se poursuivit jusqu’en 1991 où un cessez-le-feu fut signé contre la promesse qu’une structure ad hoc de l’ONU, la Minurso, allait être chargée d’organiser le référendum d’autodétermination. L’Algérie était ensorcelée par l’islamisme et basculait petit à petit dans la décennie noire qui allait la saigner à blanc.
Les 36 années qui ont suivi ont été mises à profit par le Maroc pour construire le « mur de sable », renforcer ses capacités militaires, développer ses infrastructures, « marocaniser » les provinces du sud, contracter des alliances extérieures et obtenir le soutien américain en échange de la normalisation avec Israël. L’histoire humaine n’a jamais été un long fleuve tranquille.
C’est un torrent fait d’eau claire et de cailloux propres, mais aussi de saletés et de sang. Elle n’est pas la fidèle exécution d’un plan divin flambant neuf, mais un vieux magma de bien et de mal, un conglomérat insensé de juste et d’injuste, une fresque immense où le beau est surexposé et le laid dissimulé pour ne pas dégoûter le genre humain de lui-même, de la vision de ses actes et de la révélation de sa nature.
Au Polisario de décider de son sort.
