Ce 28 février 2026 marque le cinquantième anniversaire de la levée du drapeau marocain pour la première fois dans la ville de Laayoune. C’était aussi la date-limite que s’était fixée l’Espagne dans ce qu’on a appelé « Accord » ou « Traité » de Madrid » pour mettre fin à son occupation du Sahara occidental.
Le véritable nom de ce document en six points et tenant en une demi-page est « Déclaration de principes de l’Espagne, du Maroc et de la Mauritanie au sujet du Sahara occidental ». C’était la première tromperie dans l’histoire de ce dossier car dans la terminologie du droit international, ces mots ne sont pas interchangeables et n’ont pas la même signification, la même force et les mêmes conséquences juridiques.
La « Déclaration de principes » n’est pas contraignante, tandis que la « Convention », « l’Accord » ou le « Traité » le sont.Cette « Déclaration » avait pour objet la nomination par l’Espagne « d’une administration temporaire dans le territoire à laquelle participeront le Maroc et la Mauritanie en collaboration avec la Djemââ » (point 2), en attendant la tenue du référendum d’autodétermination prévu par l’ONU. C’était la deuxième tromperie car à la place de l’administration collégiale temporaire promise, il y a eu un partage du territoire sahraoui entre le Maroc et la Mauritanie.
Le point 3 de la Déclaration était encore plus explicite : non seulement les Sahraouis doivent être représentés dans cette « administration provisoire » mais « L’opinion de la population sahraouie, exprimée par l’intermédiaire de la Djemââ, sera respectée ». C’est la troisième tromperie car on n’a plus jamais entendu parler de la « Djemââ » qui visait les représentants traditionnels du peuple sahraoui.
Si le Polisario existait déjà, il n’avait pas encore la qualité de représentant légitime du peuple sahraoui qui lui sera conférée par la résolution 34/37 de l’ONU en 1979. Laissons de côté le passé pour nous concentrer sur le présent et l’avenir.
Les négociations ont repris depuis quelques semaines entre le Maroc et le Polisario sous l’égide de l’ONU et de « l’Incroyable Trump » pour trouver le chemin menant à l’application de la solution imposée par les USA :
l’Autonomie dans le cadre de la souveraineté du Maroc. L’Autonomie n’est pas l’Indépendance mais, dans l’absolu, elle peut y mener à court, moyen ou long terme.
A mi-chemin de l’Autonomie et de l’Indépendance, il existe un statut qui pourrait constituer un compromis et que le Maroc connaît bien, un « Protectorat » adapté aux normes modernes. A part le drapeau, il n’y a presque pas de différences entre Protectorat et Autonomie.
Dans les deux cas on dirige les affaires publiques et on a un parlement et un gouvernement au-dessus duquel il y a, soit un « Résident général » comme au Maroc entre 1912 et 1956, soit un « Président de Région » désigné par le roi selon les vœux du Maroc, ou élu par le parlement selon les souhaits du Polisario.
Entre les deux titres il n’y a malheureusement pas que la lettre « p » qui manque, il y a surtout les arrière-pensées et les craintes cachées car la confiance ne règne pas. Le Maroc s’est prévalu d’une « bey’a » (allégeance) de tribus sahraouies pour justifier et légitimer ses prétentions sur le Sahara occidental.
Il y voit une forme de « souveraineté » alors que l’allégeance est un acte de reconnaissance personnel ou collectif d’une autorité religieuse ou politique. Une tribu peut prêter un serment d’allégeance à un Calife, un Émir ou un Sultan, sans lui céder sa terre ou être obligée de la lui « donner » en gage de fidélité.
La « Bey’â » est une tradition annuelle au Maroc qui marque, chaque mois de juillet, le renouvellement de l’attachement des Marocains à la personne du roi. On peut y voir un geste de démocratie directe, une « élection royale », un plébiscite religieux qui fonde et renouvelle la légitimité monarchique.
Appliquer la « Bey’â » aux fins de justification de l’annexion du Sahara occidental est une tromperie, la quatrième rapportée dans cet écrit et qui s’ajoute à celles dénoncées dans des écrits précédents. On en est à une douzaine dans cette affaire.
Le Maroc aurait voulu ne prendre que la terre, mais il se trouve qu’il y a dessus un peuple des deux côtés du mur qu’il cherche à soumettre à une sélection rigoureuse pour réduire le nombre de gens éligibles au retour chez eux.
Il pourrait être amené à s’inspirer des pratiques d’Israël qui a non seulement refusé le « retour » des Palestiniens chassés dans les années 1940, mais cherche comment se débarrasser par n’importe quels moyens de ceux qui y sont encore, à Gaza ou ailleurs.Aux regard des dernières évolutions, il convient de réviser la formule que j’ai utilisée un jour en disant qu’« au Sahara occidental, le Maroc a pris la proie et l’Algérie l’ombre.
Ajoutons que l’ombre a coûté plus que la proie ». Elle ne vaut plus en ce qui concerne le Maroc car Indépendance, Protectorat ou Autonomie restreinte ou élargie, il va devoir rendre leur terre aux Sahraouis pour ne garder que le drapeau qu’il a toujours eu.Ce sont les Protectorats français, espagnol et allemand qui ont modernisé le Maroc colonisable du dix-neuvième et du vingtième siècle.
Ils l’ont doté d’une administration moderne, d’infrastructures portuaires, ferroviaires, routières et sanitaires, construit des édifices et des immeubles haussmanniens, l’ont initié à l’agriculture moderne, éduqué et instruit… L’Algérie coloniale, la Tunisie et le Maroc « Protégés » se ressemblaient comme des sœurs, et la France y a laissé le même héritage en bien et en mal.
