Au dixième jour du mois de ramadan, les deux plus puissantes armées du monde ont déclenché une guerre totale « préventive » contre l’Iran. Cet acte de guerre qui n’a pas d’équivalent a plus à voir avec l’affaire Epstein qu’avec le dossier du nucléaire iranien.
Cette affaire démoniaque a levé une partie du voile sur la réalité de l’existence d’un projet sataniste dans les sphères dirigeantes américaine, occidentale et israélienne.
Les documents révélés au compte-gouttes étaient les pièces à conviction les moins insupportables.Au premier jour de l’attaque, peut-être même aux premières minutes, l’Iran a perdu son Guide suprême et une quarantaine de responsables civils et militaires.
Ils n’ont pas été pris de court puisque l’armada américaine était visible, les menaces israéliennes audibles, et que Trump et Netanyahou n’ont cessé de répéter qu’ils savaient où se trouvait Khamenei et qu’ils le tueraient quand ils voudraient. Sur quatre-vingt dix millions d’Iraniens, il était le seul qui ne devait pas mourir ce jour-là. Or c’est lui qui est tombé au premier tir.
Si ça avait été la première fois on n’aurait rien dit, mais c’est la deuxième en huit mois quand, en juin dernier, yafettah ya rezzak, à la première salve de missiles israéliens tirée, le chef d’état-major de l’armée, le chef des Gardiens de la Révolution, les chefs des services secrets ainsi que d’autres responsables de haut rang étaient éliminés. Il en a toujours été ainsi, partout et chaque fois qu’Israël affrontait des adversaires arabo-musulmans. C’est devenu une marque de fabrique….
L’Iran n’est pas une république civile, humaine, une « res-publica », mais une dictature religieuse dirigée par un « Faqih » (savant religieux) au nom et en attendant le retour sur terre de « l’Imam caché ». Il est désigné à vie par 86 ayatollahs selon la théorie du «velayet-e-faqih» inventée par Khomeini, et préside à tous les pouvoirs :
religieux, exécutif, législatif, judiciaire, militaire et sécuritaire.Dans ce système, le président de la République est un Premier ministre sans programme ni prérogatives et que le Guide suprême peut destituer quand il veut malgré qu’il soit élu au suffrage universel. C’est cette « République divine » qui a remplacé en 1979 le régime monarchique du shah.
Elle n’est ni civile, ni démocratique, ni militaire, mais une Cité chiite où le « citoyen » n’existe pas, où il n’y a que des « croyants », et où la souveraineté n’appartient pas au peuple mais à Dieu.En février 1979, je me trouvais à Téhéran pour vivre de l’intérieur la Révolution iranienne. De retour en Algérie, j’ai publié dans le quotidien national « El-Moudjahid » ce que j’avais vu et ressenti la-bas.
J’ai notamment rapporté ce que m’avait dit Bani Sadr, proche conseiller de Khomeini qui devait devenir le premier président de la République islamique d’Iran, avant d’être destitué quelques années plus tard et fuir le pays jusqu’à sa mort : « Il y a un mois, on pouvait prendre le pouvoir en Iran avec 1000 hommes. Ceux qui veulent aujourd’hui nous créer des difficultés le savaient, mais savaient aussi la profonde vérité.
Khomeini est plus fort dans leurs mouvements que leurs propres chefs. Une guerre civile ici n’est pas possible. Il n’y a pas des « forces » mais une masse et des poussières. Bien sûr, on peut toujours craindre des troubles. Ce n’est pas qu’ils puissent mettre en péril la Révolution, mais des troubles c’est toujours regrettable. »
Ayant rencontré les responsables de tous les mouvements politiques qui avaient contribué au succès de la Révolution (« Moujahidin khalq », Parti communiste Toudeh, Libéraux, indépendants comme Bazargan, Kurdes…) mes sentiments étaient mitigés, ce qui m’a fait écrire ces lignes sceptiques : « La révolution iranienne est aujourd’hui un fait établi. Elle appartient déjà à l’Histoire. Mais ce n’est pas encore tout : a-t-elle un avenir, je veux dire l’espoir du succès, de la réussite ? Tout est là.
D’une manière générale, c’est le problème de l’islam lui-même qui se trouve aujourd’hui posé. Une fois de plus, il est à l’épreuve des musulmans. A la réflexion, on se rend compte que le problème de l’islam est loin même d’être correctement posé à l’échelle humaine…
Nous le constatons avec la révolution iranienne, l’islam n’a pas encore trouvé sa formulation temporelle, il n’a pas de « mode d’emploi », il n’existe pas à l’état de « recettes » praticables et reproductibles, Il n’a pas de doctrine de l’État… ».
Après un peu plus d’un demi-siècle de dynastie Pahlavie, et un peu moins d’un demi-siècle d’islamisme chiite, les Iraniens sont de nouveau à la croisée des chemins, n’ayant aucune idée de ce qu’il peuvent faire tant que leur pays vole en éclats sous les bombardements des agresseurs qui se présentent comme étant des sauveurs. Tout ce qu’ils lui offrent, c’est la capitulation et le retour au pouvoir du fils du shah renversé en 1979.
Leur salut n’est ni dans le maintien du régime dictatorial religieux, ni dans le retour à la monarchie, mais dans la construction d’un État de droit civil et démocratique.
