Trump et Netanyahou se préparent à livrer à l’Iran une guerre dont l’un des buts proclamés, est d’abattre son régime politique qui possède la spécificité d’être indissociablement lié à l’islam chiite.
Ils feraient bien d’écouter la voix de l’Histoire qui leur livre les enseignements suivants :Dans son livre « Considérations sur l’Histoire universelle », l’historien suisse Jacob Burckhardt écrivait à la fin du XIXe siècle à l’intention des puissances coloniales : « Celui qui ne cherche pas à exterminer les musulmans, ou n’en a pas les moyens , ferait mieux de les laisser tranquilles ; on arrivera peut-être à s’emparer de leurs contrées vides, arides et incultes, mais on ne saurait jamais obtenir d’eux qu’ils se soumettent à une forme d’État non coranique » .
Deux siècles avant lui, Montesquieu avait énoncé la même idée dans son livre « Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence » : « Il y a dans chaque nation un esprit général sur lequel la puissance même est fondée. Quand elle choque cet esprit, elle se choque elle-même et elle s’arrête nécessairement. Un roi de Perse peut bien contraindre un fils de tuer son père ou un père de tuer son fils, mais obliger ses sujets de boire du vin, il ne le peut pas ».
Tout absorbé qu’il était par la célébration du culte de Darius, le Shah d’Iran n’a pas senti en 1978 le sol islamique se dérober sous ses pieds. A l’autre bout du monde musulman, Charles-André Julien témoigne dans « L’Afrique du Nord en marche » qu’il n’y a eu en Algérie, entre 1865 et 1934, que 2500 naturalisations (abandon du statut religieux), soit une moyenne de 36 par an. Le psychisme d’un peuple ne s’improvise pas au gré de la politique internationale, comme on ne peut pas greffer un système mental issu d’une culture sur le corps d’une autre sans qu’il y ait rejet.
Le monde a encore sous les yeux les résultats de l’ « idéal communiste » qu’on a voulu imposer à la conscience de la moitié de la planète. Il n’existe pas dans l’histoire humaine de cas d’idées qui se soient autant répandues parmi les hommes que les religions.
Depuis toujours, mythes fondateurs et religions ont été le mode de rassemblement des hommes le plus efficace et le plus durable. Le monde actuel n’est que l’addition des civilisations issues du judaïsme, de l’hindouisme, du bouddhisme, du christianisme et de l’islam.
Les idées religieuses se sont incrustées si profondément qu’elles ont fini par se déposer au fond de l’âme humaine et du cerveau, comme des corps solides au fond de l’océan.
Leur présence à une telle profondeur et depuis si longtemps sous forme de représentations mentales, d’images primordiales, de grilles d’interprétation, de valeurs, etc, les a en quelque sorte surajoutées à l’information génétique contenue dans l’ADN.
Dans l’Histoire, elles ont réapparu sous l’aspect de multiples archétypes, modèles, paradigmes et « patterns », transmissibles par voie héréditaire.On croit que l’Occident doit son développement au rejet de la religion.
En vérité, avec la Réforme, la Renaissance, le mouvement des Lumières et l’esprit scientifique et industriel, l’Europe n’a fait que mettre bout à bout ses périodes grecque, latine, chrétienne et moderne, et c’est la synthèse de tout cela qui lui a donné l’unité morale et civilisationnelle qu’on observe aujourd’hui de Paris à Ottawa.
Dans un autre de ses ouvrages, « Fragments historiques », Jacob Burckhardt rapporte ce passage de l’historien et homme d’État français Thiers : « Lorsque la vieille Rome tomba vaincue et sanglante aux pieds des Barbares, l’Église romaine recueillit le genre humain comme un enfant expirant sur le sein de sa mère égorgée.
Elle le mit en sûreté dans ses asiles sacrés et lui apprit le grec et le latin, c’est-à-dire tout ce qu’elle savait jusqu’à ce que l’enfant devînt un homme et s’appelât Bacon, Descartes, Galilée… » Tout ce qui s’est passé, c’est une heureuse synthèse de « l’esprit général » local et de la « modernité » universelle, tel qu’on peut le voir aussi dans le cas du Japon et de la Chine.
Le secret de fabrication de l’Occident, comme celui du Japon, réside dans leur réussite à convertir le premier les valeurs judéo-chrétiennes et le second les valeurs shintoïstes, en normes de vie et d’action rationnelles et industrielles.
Un jour, entre l’époque de Maître Eckhart et celle de Stuart Mill pour le premier, et sous le règne de l’empereur Meiji pour le second, il s’opéra chez eux une fantastique opération de changement de logiciel mental.
L’« homme faustien » apparut sous les anciens traits de l’Européen culpabilisé et du Japonais humilié. Le passage à la rationalité, à la confiance en la toute-puissance humaine à générer le bien-être moral et le bien-être matériel, à la pensée critique, au libre arbitre, ont libéré les énergies et déclenché une formidable dynamique sociale.Si l’Occident a mis cinq siècles pour atteindre le niveau qui est le sien, et le Japon environ un seul, les « nouveaux pays industrialisés » ont mis moins d’un demi-siècle.
C’est dire que le phénomène « développement » relève moins du facteur temps que de la chimie sociale. Le jour où la bonne formule est trouvée, c’est le décollage !Il n’y a pas au monde d’exemples de pays qui se soient développés en allant à l’encontre de l’« esprit général » de leur nation.
La Turquie laïque de Mustapha Kamel Ataturk est redevenue la Turquie ottomane islamique, et le communisme n’a survécu en Chine que grâce à l’armature du parti unique qui a retrouvé dans le psychisme chinois, les règles de fonctionnement de l’empire unique ancestral.
