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L’ALGERIE D’IBTISSEM ET LE MAROC DE TRUMP

by admin

L’histoire des peuples et des États connaît parfois des secousses qui les soulèvent et les projettent en l’air comme s’ils n’étaient que des fétus de paille aspirés par un ouragan de taille astronomique, détruisant tout sur son passage et laissant des souvenirs indélébiles.

Il y a quinze ans le monde arabe était balayé par un phénomène politique ressemblant aux phénomènes météorologiques et qui a emporté plusieurs chefs d’État, détruit leurs pays et laissé des morts par milliers. Une femme, une policière tunisienne de Sidi Bouzid, était à l’origine de ce tremblement de terre aux conséquences inimaginables un jour plus tôt. Elle avait stupidement giflé un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi qui, d’indignation, s’immola par le feu sur la place publique. C’était en novembre 2010.

Le feu partit de là, de ce coin perdu, et déboulonna le président tunisien Benali avant de se propager en Égypte, puis au Yémen, puis en Libye et d’autres pays arabes qu’il décapita alors qu’ils n’avaient rien à voir avec le « fait divers » tunisien.

On ne sait par quelle alchimie, mais un fait divers peut, dans certaines conditions, devenir une « effet papillon », un « effet quidamus » ou une « boule de neige ».

En ce début de mois de novembre 2025 en Algérie, les réseaux sociaux ont brusquement flambé, enflammés par une vidéo postée par un homme qui a rapporté les sévices et abus de pouvoir dont il a été victime de la part d’une femme, sa patronne, directrice du Croissant rouge algérien et présidente de l’« Observatoire national de la société civile » répondant au prénom rassurant d’Ibtissem (sourire). Lui n’a pas reçu une gifle ni mis le feu à son corps, mais un crachat au visage et d’autres sévices subis en prison où il a été jeté, selon ses déclarations. Il a choisi de s’adresser au pays.

L’affaire a ému, indigné et scandalisé l’opinion publique, l’animant d’une sourde colère.Il ne s’est rien passé de comparable avec les révolutions arabes, mais un second témoignage est venu augmenter la tension, la pression et les risques. Il émane d’une femme qui était employée par la même dame.

L’Algérie traverse une période extrêmement dangereuse où les échecs en politique étrangère trouvent dans la chute continue de la valeur de sa monnaie leur pendant intérieur. On ne sait pas d’où le feu pourrait partir, de l’intérieur ou de l’extérieur, mais le pays est réellement en danger.

Parce que violente, l’explosion d’octobre 1988 a débouché sur le terrorisme. Les Algériens apprirent la leçon et ne bougèrent pas pendant les révolutions arabes.

En 2019 ils lancèrent un « Hirak » d’un pacifisme absolu et salué dans le monde entier, mais ils ne sont pas satisfaits de ses résultats et de leur situation : encerclés de l’extérieur, réprimés pour un rien à l’intérieur.

Que doivent-ils faire ? Même chose en Tunisie où l’unique peuple à avoir reçu le prix Nobel de la paix pour sa révolution qui a ébloui le monde ne sait quoi penser ou faire devant le processus de régression continue dans lequel il se retrouve, devant se contenter en matière de pensée des fables de « kalila wa dimna » que débite Kaïs Saed en conseil des ministres dans un arabe extra-terrestre.

Le Maroc a échappé à la violence des révolutions arabes en révisant la Constitution de 1962, passant de la « monarchie constitutionnelle » à la « monarchie parlementaire ». Cette révision a partagé les pouvoirs ancestraux du Roi avec la société, le peuple, représenté par la majorité parlementaire. C’était en 2011.

Lorsque la nouvelle constitution a été confrontée au mouvement « Z.GEN qui revendiquait le renvoi du Premier ministre et de son Gouvernement, responsables des maux et des échecs dénoncés, les Marocains découvrirent avec stupeur que le Roi ne pouvait pas le faire, qu’il n’en avait pas le droit, que la Constitution en vigueur ne lui conférait plus ce droit qui a été concédé à la chambre des députés en 2011 .

Le Roi peut dissoudre le Parlement et faire tomber ainsi tout le gouvernement, mais de nouvelles élections doivent être tenues, qui pourraient ramener la même majorité.

A quoi bon alors…Les Marocains mécontents des résultats de leur gouvernement doivent patienter jusqu’à l’automne prochain pour élire la nouvelle majorité parlementaire (coalition de partis) qu’ils voudront, comme dans toute démocratie digne de ce nom.

Autre singularité de cette Constitution véritablement parlementaire : le Premier ministre peut dissoudre la Chambre des députés et réciproquement, pouvoir qui n’est pas donné au Premier ministre français par exemple.Les deux mécanismes ont été conçus pour respecter le choix des électeurs, du peuple, de la société, c’est-à-dire, de la démocratie réelle.

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