La Résolution de l’ONU qui a partagé en 1947 la Palestine et la Résolution que vient de voter le Conseil de sécurité sur le Sahara occidental, ont en commun d’être des décisions dictées par un petit nombre de pays aux peuples palestinien et sahraoui.
Au premier on a enjoint de partager sa terre avec les Juifs fuyant l’antisémitisme occidental, et au second de partager sa souveraineté sur sa terre avec le Maroc en acceptant le statut d’autonomie qu’il veut lui imposer après lui avoir pris sa terre entre 1975 et 1979.
La Société des Nations (SDN) a été emportée par la deuxième guerre mondiale pour des injustices similaires. Il faut une troisième pour que l’ONU soit remplacée par un système meilleur, plus universel, plus démocratique et plus équitable. Ce sera dans pas longtemps à voir ce que font Trump et Poutine, mais pour les rescapés seulement.
Les dossiers sahraoui et palestinien n’avaient rien à voir l’un avec l’autre avant que Trump ne décide de les interconnecter en décembre 2020. En reconnaissant la « marocanité du Sahara » en échange de l’adhésion du Maroc aux Accords d’Abraham, il a lié biologiquement ces deux alliés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord dont il a fait des frères siamois malléables.
Les deux pays ont aussi en commun une singularité affichée et assumée, celle de ne pas posséder des frontières définies. Israël a mené plusieurs guerres au Moyen Orient depuis 1948 pour en conquérir chaque fois de nouveaux, et compte persévérer jusqu’à arriver à doubler par dix sa superficie actuelle comme s’y est engagé Netanyahou récemment,cartes à l’appui.
Le Maroc, quant à lui, a inscrit dans sa première Constitution de 1962 l’idée que les frontières que lui connaît le monde ne sont pas ses « frontières authentiques », et que le Roi n’aura de cesse de les rétablir.
De la sorte, il brandit une épée de Damoclès au-dessus des têtes de ses voisins immédiats et alentour.
Ce qui signifie que plusieurs guerres sont à prévoir dans un futur plus ou moins proche, à commencer par celle avec l’Algérie qui pourrait aussi être la première et la dernière. A ma connaissance, c’est le seul cas où le droit international est placé au-dessous du droit national.
Cette phrase dans la Constitution marocaine a coûté et continuera de coûter aux deux pays des dizaines de milliards de dollars dépensés en armements au lieu d’aller au développement.
Par ailleurs,une curiosité a fait son entrée dans le préambule de la Constitution marocaine de 2011 que j’ai signalée dans un précédent enregistrement. Il s’agit de la modification introduite dans la définition de l’identité marocaine à qui on a ajouté la dimension « HEBRAIQUE ».
Voici le passage en question: « État musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible.
Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, HEBRAÏQUE et méditerranéen »Le mot hébraïque a un double sens, linguistique et ethnique.
Mais que veut dire au juste « affluent » dans ce contexte ? Une partie constitutive, un apport intégré,quelque chose d’incorporé, une présence non mesurable, un engagement ? L’image renvoie à un cours d’eau, une rivière, un fleuve se jetant dans une masse d’eau plus grande, mais peut revêtir un autre sens.
L’histoire des Juifs d’Afrique du Nord, de l’Antiquité aux Indépendances, est à peu près la même tant en nombre qu’en genre car le climat,les modes de vie, la culture,les langues et les idées sont les mêmes dans ces pays.
Pourtant aucun en dehors du Maroc n’a inscrit cette donnée dans sa Constitution. Je ne pense pas à mal en disant cela et ne sous-entend pas que c’est une mauvaise chose, au contraire.
Le statut de « Dhimmi » n’est plus concevable de nos jours à l’instar de l’esclavage, l’amputation de la main, la lapidation et autres châtiments et prescriptions de l’islam devenus inapplicables.
De ce point de vue, l’intégration par le Maroc de l’apport juif dans son patrimoine culturel, religieux et intellectuel est un progrès et non une trahison identitaire.
En février 1972 j’ai publié dans le plus grand journal algérien (El-Moudjahid) un article où je présentais le courageux livre d’Emmanuel Lévyne intitulé « Judaïsme contre sionisme » qui venait de paraître en France. Cette distinction vaut toujours et reste de rigueur. Je n’ai aucun doute qu’elle le soit aussi pour nos frères marocains.
Le judaïsme est une chose, et le sionisme en est une autre.Ce que le Maroc devrait se garder de faire, c’est de suivre l’exemple israélien dans sa politique hégémoniste et impérialiste.
La « normalisation » était déjà une faute, une transgression aux yeux du peuple marocain. Son prix reste à payer.
