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LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ET DE PENSÉE AU TEMPS DU PROPHÈTE

by admin

Lorsqu’on lit les ouvrages des premiers historiens de l’islam comme la monumentale « Histoire » de Tabari où il livre une biographie du Prophète devenue une référence et une source, ou son imposant « Tafsir » (exégèse du Coran), on est frappé de découvrir que les Compagnons du Prophète et les premiers musulmans avaient une liberté d’esprit vis-à-vis du Coran et du Prophète qui n’est pas concevable de nos jours, c’est-à-dire quinze siècles après.Ils discutaient librement avec le Prophète, différenciaient entre sa personne dans la vie ordinaire et sa qualité de prophète, n’hésitant pas à remettre en question des jugements ou des décisions prises par lui, et lui-même ne manquait pas de reconnaître qu’il n’était qu’un homme comme eux, qu’il pouvait se tromper et acceptait de le reconnaître publiquement, et que sa qualité de prophète se limitait à transmettre le Message et à enseigner les pratiques rituelles.

Il était le chef de la communauté musulmane qui se constituait autour de lui mais vivait parmi eux, avec eux, comme eux, les consultant et prenant leur avis avant de prendre une décision. Il est même arrivé que le consensus se fasse contre lui, contre sa politique envers les Mecquois opposés à sa mission.

Il est arrivé aussi qu’il revienne sur une stratégie militaire, une attitude ou un acte commis par mégarde, et même de se faire rabrouer par Dieu quand il a eu un geste de dédain envers un aveugle, ou quand il s’est trompé en récitant des versets coraniques (ce qu’on a appelé les « versets sataniques »).

L’épisode de la calomnie dont avait été victime son épouse Aïcha et qui avait fait douter d’elle le Prophète, s’est conclu par la victoire éclatante de Aïcha qui lui fit alors sèchement remarquer : « C’est grâce à la révélation de quinze versets lavant mon honneur que j’ai obtenu gain de cause, et non à toi ! ».

On est étonné de découvrir dans les hadiths rapportés par Boukhari et Muslim à combien de déconvenues le Prophète a été confronté tout au long de sa mission, auxquelles il ne réagissait pas avec colère ou ressentiment, mais avec contrition et pénitence.

Ces nombreuses anecdotes ont jalonné sa vie d’homme et de prophète et sont en parfaite résonance avec le profil d’un Messager de Dieu tel que défini par le Coran.

Cette réalité humaine, ces témoignages collectés par les historiens et les traditionnistes (rapporteurs des hadiths) donnent une image du Prophète qui n’est pas celle, immodérément sacralisée, abusivement divinisée par le savoir religieux pour mieux s’ériger en glose immuable et en doxa indiscutable.

Depuis, une littérature hagiographique, obscurantiste, refusant le débat et la critique, a pris en otage l’islam, son prophète et le Coran, les enfermant dans une lecture définitive, immuable et divinisée pour les soustraire au libre examen et à l’étude rationnelle.

La liberté de pensée et de s’exprimer au temps du Prophète n’avait aucune limite et ne s’arrêtait devant nulle frontière passant pour une ligne rouge à ne pas franchir.

Les contemporains du Prophète traitaient du Coran et se comportaient avec lui sans qu’il soit exigé de quiconque qu’il soit un « alem », un « homme de religion ».

Alors qu’ils vivaient des temps exceptionnels, qu’ils assistaient à la naissance d’une religion, qu’ils combattaient pour son triomphe contre un monde réfractaire et hostile, ils se comportaient comme des hommes et des femmes libres dans leur esprit et leur jugement, adhérant volontairement et non sous la contrainte.

Dans la Mecque ou à Médine de ces temps-là il n’y avait ni universités, ni livres, ni « madahib »,, ni ulémas. Il y avait des tribus prospères ou frugales, vivant depuis des siècles avec des convictions religieuses dites païennes dont l’islam a repris à son compte certains rites religieux comme le pèlerinage.

Ils vivaient dans le voisinage de nombreux juifs et de quelques chrétiens tels le mystérieux Waraka ibn Nawfal, cousin de la première épouse du Prophète Khadidja, qui avait traduit en arabe l’Évangile et a cru en la mission de Mohammed dès que Khadidja l’informa du premier contact avec l’ange Gabriel.

Quand il était interrogé et qu’il n’avait pas de réponse, le Prophète recommandait le recours à la réflexion, au libre arbitre, et non à un alem ou une autorité religieuse qui n’existait pas. Et quand il ne savait pas, il disait je ne sais pas. Il ne se reconnaissait de compétence que dans le domaine de la révélation.Les musulmans d’alors ne voyaient pas dans la religion que l’adoration de Dieu devait passer par l’abaissement de l’homme.

Aujourd’hui, si ! Le savoir religieux s’est drapé de sacralité et se présente comme une orthodoxie indiscutable alors qu’il n’est qu’une construction humaine avec les idées de l’époque où il s’est formé, des idées ni inspirées, ni révélées, mais fruit d’efforts humains qui ne valent pas plus que les efforts qui pourraient être consentis par d’autres hommes aujourd’hui.

Ce « ilm » est l’héritier d’un « tafsir » (interprétation du Coran) qui, au fil des siècles, a enseveli l’esprit originel du Coran sous une chape de plomb pour lui faire dire ce qu’il veut, quand il veut.

Il l’a enveloppé comme les couches atmosphériques enveloppent la terre, sauf que lui ce n’est pas pour le protéger, mais pour empêcher que la lumière y pénètre ou en sorte.

Si l’islam n’a pas atteint ses objectifs, celui de s’instituer en « religion de la nature », par définition universelle, rationnelle et adaptable à l’évolution des finalités humaines, c’est parce que le savoir religieux l’a formaté à l’image de ce qu’on fait les rabbins et l’Église avec leurs religions respectives.

Ils ont suivi leur exemple et borné l’horizon de l’islam jusqu’à en faire un culte presque fétichiste, une religion sacrifiant le fond à la forme, l’esprit à la lettre, l’intérêt de pouvoirs despotiques à la liberté créatrice de leurs peuples.

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