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L’ ALGÉRIE ENTRE CANOSSA ET MASSADA

by admin

« En un temps d’ignorance on n’a aucun doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux. En un temps de lumière, on tremble encore lorsqu’on fait les plus grands biens » (Montesquieu).

« Aller à Canossa » est une expression synonyme de péché reconnu et suivi de repentance, de faute appelant un pardon et une réparation.

Elle est née pour désigner un évènement arrivé en janvier 1077 lorsque le roi des Romains, Henri IV, futur empereur germanique, s’est déplacé en plein hiver à Canossa, petite ville des Alpes italiennes où se trouvait en vacances d’hiver le pape Grégoire VII, pour faire pénitence et obtenir son absolution.

Dans le catéchisme catholique la pénitence est une « conversion », c’est-à-dire un changement de ses idées intérieures et de sa conduite extérieure.

A cette époque du Moyen-Âge chrétien, l’Église et les rois d’Europe se disputaient le pouvoir suprême : qui nomme l’autre ? Un avant auparavant, le roi Henri IV avait destitué le pape à cause justement du pouvoir de nomination des Évêques.

En représailles, ce dernier l’excommunie, le déchoie de sa qualité de chrétien qui, pour comparer, était plus importante que la nationalité de nos jours.Au bout de quelques mois le roi s’aperçût qu’il risquait de perdre son autorité sur les princes-vassaux de son royaume s’il ne recouvrait pas son statut religieux.

Il lui fallait donc obtenir la levée de cette sanction, et pour cela aller à Canossa où séjournait le pape pour lui présenter à genoux ses excuses et ses regrets. Le pape le fit attendre trois jours dehors sous la neige avant de le recevoir.

La libération de Boualem Sansal dans les conditions qu’on connaît a été perçue dans le pays et au-delà comme un pèlerinage à Canossa. C’est peut-être la première fois que l’Algérie y va, mais ce n’est probablement pas la dernière.

D’autres Canossa, d’autres pèlerinages de ce genre l’attendent si elle ne s’emploie pas à les prévenir, à corriger ses tirs et la manière de viser, à faire sa « conversion ».Son retrait du vote de la dernière Résolution de l’ONU sur le Sahara occidental était déjà une petite escapade sur le chemin de Canossa.

Il n’est pas impossible que l’on se retrouve un de ces jours sur le chemin de Tel-Aviv, capitale d’Israël où existe une autre petite ville, moins célèbre et moins avilissante que Canossa. Elle s’appelle Massada, un lieu-dit dans le désert de Judée où se serait déroulée la dernière guerre livrée par les Juifs aux Romains.

Les derniers combattants, un millier, décident de se suicider collectivement en l’an 73 de l’ère chrétienne, plutôt que de se rendre.

C’est de cet événement, honoré par l’armée israélienne, que date l’histoire de la diaspora, la sortie des juifs de la terre de Canaan et leur dispersion parmi les nations.

L’Algérie actuelle oscille entre les symboliques contraires de ces deux villes légendaires : Massada évoque son passé révolutionnaire, et Canossa son présent hasardeux.

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