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CRISE ALGÉRIENNE : UNE SOLUTION POUR PRÉSERVER L’ALGERIE

by admin

A quelques jours du deuxième anniversaire du « Hirak », le peuple est de nouveau sorti à Kherrata ‎et s’apprête à le faire massivement à Alger malgré le danger représenté par le Covid 19 et les ‎risques de répression.‎

De son côté, l’armée qui a imposé depuis la chute des Bouteflika une feuille de route ignorant les ‎demandes populaires fourbit ses plans et ses stratégies pour mettre fin au Hirak d’une manière ou ‎d’une autre afin de pouvoir continuer comme avant.‎

On peut chasser du pouvoir une équipe dirigeante, mais pas un peuple ou une armée de son pays. ‎Après avoir fait un bout de chemin ensemble entre le 22 février et le 2 avril 2019, le temps de ‎chasser les Bouteflika, le peuple et l’armée se retrouvent face à face.‎

Quel est le problème ?‎

La constitution algérienne attribue la propriété exclusive de la souveraineté nationale et le choix ‎des dirigeants au peuple, mais dans la réalité c’est l’armée qui exerce ces deux prérogatives depuis ‎l’indépendance de l’Algérie en 1962.‎

Les deux principales revendications du Hirak visent à remédier à ce problème, à cette anomalie, à ‎cette usurpation : le peuple veut un Etat de droit civil et non militaire (« Dawla madaniya, machi ‎askariya !») et le départ du reste des équipes civiles et militaires qui ont servi les Bouteflika et ‎participé au pillage du pays (« Yetnahaw gaa !»).

Pour accorder les dispositions de la loi fondamentale avec la réalité du terrain et mettre fin à cette ‎distorsion, il faut soit retirer les articles de la constitution attribuant au peuple ces prérogatives et ‎les affecter clairement à l’armée, soit éloigner l’armée de l’exercice de ces attributions qui se ‎réalise à travers le choix des décideurs dans tous les secteurs depuis le maire jusqu’au président de ‎la République.

Le droit, la légitimité et le bon sens plaident en faveur du peuple, mais la force et les ressources du ‎pays sont concentrées entre les mains de l’armée pour la force (police, gendarmerie, services de ‎renseignement, soldats de toutes les armes) et indirectement pour les ressources humaines ‎‎(nomination des cadres de toutes les institutions politiques, économiques, financières et ‎diplomatiques).‎

Si le peuple persiste à manifester sous le regard du monde entier pour recouvrer ses droits naturels ‎et constitutionnels, et que l’armée s’obstine à ne pas quitter la sphère politique, institutionnelle et ‎économique pour s’occuper uniquement de la sécurité extérieure du pays, alors le face à face, qui ‎est en fait un dos-à-dos, évoluera inévitablement, nécessairement, vers un affrontement qui ‎signera l’entrée de l’Algérie dans une longue ère de déstabilisation dont elle ne sortira pas comme ‎elle y sera rentrée. ‎

Le dialogue de sourds entre le peuple et l’armée résulte d’un décalage générationnel et culturel. ‎L’armée, dirigée par une gérontocratie formée à l’école soviétique, n’a pas changé mentalement ‎depuis 1962 et considère qu’elle est la dépositaire du patriotisme et l’unique détenteur de la ‎souveraineté nationale.

Alors que le peuple n’a pas seulement changé mentalement, il s’est ‎renouvelé démographiquement et culturellement à 90% dans un environnement mondial et une ‎époque qui ont aussi profondément changé.‎

Mais ce que le peuple algérien qui a libéré le pays du colonialisme et le peuple algérien qui a ‎déclenché le Hirak pour le libérer du despotisme ont en commun, c’est que lorsqu’ils se réveillent à ‎une cause ils ne se rendorment plus, ne se couchent plus, ne reculent plus.‎

Le peuple algérien d’hier n’a pas reculé devant l’énormité du prix à payer à l’indépendance : un ‎million et demi de martyrs sur un total de dix millions d’habitants. Le peuple algérien d’aujourd’hui ‎montre à travers le Hirak qu’il est disposé à payer le prix qu’il faut pour reconquérir sa ‎souveraineté, son droit d’être maître chez lui, ses libertés publiques et individuelles dont celui de ‎désigner, contrôler et sanctionner le cas échéant ses dirigeants dans un Etat de droit, démocratique ‎et social, transparent, égalitaire et moderne.‎

Que faire pour échapper à la fatalité de l’affrontement que les deux parties ne souhaitent pas mais ‎qui pourrait s’imposer à elles fortuitement ou à la suite de provocations ou manipulations d’origine ‎interne ou externe ? ‎

Trouver une solution à la crise qui dure depuis deux ans en en sortant gagnant-gagnant. ‎

Cette solution consisterait en un compromis entre le réalisme factuel et l’idéalisme révolutionnaire, ‎entre le respect de la légalité constitutionnelle et le respect de la légitimité populaire, entre la ‎thèse du changement brutal dans le cadre d’une « transition », et la thèse du changement à ‎l’intérieur des institutions en place.

Il est possible qu’une synthèse émerge du rejet mutuel entre la ‎thèse et l’antithèse, il est possible de satisfaire les revendications fondamentales du Hirak et ‎d’éviter le chaos et la destruction de l’Etat.‎

Voici la démarche proposée, une démarche qui ne heurte pas le processus mis sur les rails, qui ne ‎met pas en danger la continuité de l’Etat, qui ne lèse ni le loup ni le berger : ‎

Le président Tebboune qui envisage de dissoudre l’Assemblée nationale dans les jours qui ‎viennent pourrait le faire dans le cadre d’un discours adressé à la nation comportant cette annonce ‎et d’autres qui donneraient sens à son projet de « Nouvelle Algérie » et répondraient aux attentes ‎du Hirak. Il en aura préalablement discuté avec le commandement militaire.‎

Ces annonces concerneraient :‎

‎1) La proclamation par le président que son mandat sera dévoué pour le temps qui reste à ‎l’application effective des dispositions de la Constitution relatives à la souveraineté du peuple.‎

‎ 2) La dissolution de l’Assemblée nationale et, plus tard, des Assemblées communales et wilayales ‎pour les laver des souillures du passé et les remettre au peuple et à ses représentants ‎authentiques.‎

‎3) La nomination d’un gouvernement technique comportant une douzaine de portefeuilles. ‎

‎4) Le retrait des agréments accordés aux partis politiques par une procédure que proposerait le ‎conseil d’Etat, justifiée par la nécessité d’assainir et de renouveler l’ensemble du système politique ‎algérien en conformité avec la Constitution et les lois pertinentes. Ils pourraient se reconstituer sur ‎ces bases.

‎5) La mise sur pied d’un Conseil de l’Entente Nationale composé de représentants du Hirak. Cette ‎instance consultative transitoire sera le lieu des concertations directes entre le président de la ‎République et les délégués du peuple sur des questions fondamentales à préciser par les deux ‎parties. A titre d’exemple on peut citer la Constitution, l’indépendance de la justice, le régime ‎électoral, les lois relatives aux partis et aux associations, les lois concernant l’armée et son contrôle, ‎les attributions et les missions des services de sécurité, les lois anti-corruption, etc. ‎

‎6) Les lois révisées et les lois issues des concertations entre le président de la République et le ‎Conseil de l’Entente Nationale seront promulguées par le président de la République en la forme ‎d’ordonnances.‎

‎7) Le Conseil de l’Entente Nationale sera dissout après la mise en place de la nouvelle Assemblée ‎nationale. Sa durée de vie pourrait aller de trois mois à un an.‎

Il ne faut pas attendre que tout soit détruit pour se mettre à reconstruire. Ce sera peut-être ‎irréversible. Il vaut mieux aller à des solutions consensuelles et pacifiques chez soi, que de se ‎retrouver à Genève entouré de puissances étrangères.‎

‎17 Février 2021

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