La Résolution qui se prépare à New York ne va pas décider du sort du Maroc et du Sahara occidental seulement, mais de celui de l’Afrique du Nord à court, moyen et long terme dans la paix et le développement commun, ou la guerre et la destruction mutuelle.
L’opinion publique mondiale qui commence à découvrir le sujet n’attend pas de cette Résolution qu’elle tranche entre la position du Maroc (Autonomie) et celle du Polisario (Indépendance) et encore moins qu’elle impose la volonté de l’un à l’autre, mais qu’elle mette au point une formule acceptable par les deux parties en prenant en compte ce qui est essentiel pour chacune.
Si la proposition sahraouie est écartée par un réflexe de mépris envers le faible, « l’Initiative marocaine » perdrait du même coup toute raison d’être car elle repose sur un principe binaire, sur l’idée de négociations et de solution consensuelle.
Elle n’est pas en elle-même UNE ou LA solution mais juste, selon ses propres termes, un avant-projet, une base de discussion, un draft proposé à l’autre partie afin de confronter ensemble les propositions et contre-propositions jusqu’à arriver à un compromis, à un accord, à la solution consensuelle « sans vainqueur ni vaincu ».
C’est ce qui est clairement affirmé au point 7 de l’Initiative marocaine : « Elle tend à créer les conditions d’un processus de dialogue et de négociation débouchant sur une solution politique mutuellement acceptable » ;
réaffirmé au point 8 : « Le statut d’autonomie, résultat des négociations, sera soumis à une consultation référendaire des populations concernées » ;
et réitéré au point 27 : « Le statut d’autonomie fera l’objet de négociations et sera soumis à une libre consultation référendaire des populations concernées… ».
Le rejet de la position du Polisario par le Conseil de sécurité constituerait juridiquement une violation des droits d’une partie au conflit, et politiquement une usurpation de son droit à l’autodétermination reconnu par la Cour de justice internationale en 1975 et les résolutions pertinentes de l’ONU qui ont suivi.La Résolution serait entièrement satisfaisante pour le Polisario si elle se conformait aux deux points suivants de l’« Initiative marocaine » :
Point 33 : « A l’instar des membres de la Communauté internationale, le Royaume du Maroc est persuadé que la solution du différend sur le Sahara ne peut être que le fruit d’une négociation. Dans cet esprit la proposition qu’il soumet aux Nations Unies constitue une réelle opportunité à même de favoriser des négociations ayant pour finalité de parvenir à une solution définitive à ce différend, dans le cadre de la légalité internationale et sur la base d’arrangements conformes aux buts et principes énoncés dans la Charte de l’ONU »
. Point 34 : « Dans ce cadre, le Maroc s’engage à négocier, de bonne foi, dans un esprit constructif d’ouverture et de sincérité, afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable à ce différend dont la région pâtit.
A cet effet, le Royaume est disposé à apporter une contribution active à la mise en place d’un climat de confiance qui pourra aboutir au succès de ce projet ».
Si le Maroc ne demande que cela, rien que cela, pourquoi chercher à lui donner plus qu’il ne demande en tournant le dos au peuple sahraoui et son représentant légitime ? A quoi servirait le « Plan d’autonomie » si le Polisario en est exclu ? Comment ferait le Maroc pour le mettre en œuvre sans son consentement et sa contribution ? Que deviendraient les Sahraouis de l’extérieur ?…Sans « solution politique mutuellement acceptable », le Plan marocain tombera à l’eau, changera de nature, ne sera plus un plan de paix mais deviendra un déni de justice, un fait accompli, une colonisation qui choquera les Sahraouis de l’intérieur et de l’extérieur et les contraindra tôt ou tard à la révolte.
Jusqu’à la dernière minute avant la mise au vote de la Résolution, il devra être possible de l’amender pour être sûr qu’elle représente la meilleure solution qui pouvait être trouvée par l’intelligence humaine pour régler équitablement un problème qui n’a que trop duré et dont dépend la paix au Maghreb et au-delà.La solution idéale se trouve dans l’espace qui sépare les positions des deux parties, entre l’autonomie marocaine et l’indépendance sahraouie, un peu plus que l’autonomie et un peu moins que l’indépendance.
Elle peut avoir pour nom « Fédération » ou « Union » des deux Etats avec une Constitution commune, une monnaie commune, une armée commune, des frontières extérieures communes et la liberté de circulation et d’établissement dans les deux territoires.
Une telle formule serait compatible avec la « Monarchie constitutionnelle et parlementaire » qu’est devenu le Maroc depuis 2011.
C’est sur cette formule que porteraient les négociations entre les deux parties avec l’aide d’experts et sous la supervision de l’ONU.
