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RIVALITE ALGERO-MAROCAINE : JUSQU’A QUAND ?

by admin

Les Marocains ont adopté une phrase prononcée un jour par le roi Hassan II à propos du voisinage avec l’Algérie : Dieu aurait positionné géographiquement le Maroc comme s’Il avait voulu l’éprouver, le châtier.

Le châtier de quoi ? Le roi ne l’a pas dit, et nos frères marocains continuent de psalmodier cette phrase inachevée qui résonne en fait contre eux plus que contre l’Algérie qui n’aurait été – à suivre la logique royale – que l’instrument de la sanction divine appliquée au Maroc pour on ne sait quel péché, quelle raison.

Sachant que Hassan II était un homme de culture, je pense qu’il a dû s’inspirer de la formule du chroniqueur français du XVIe siècle, Philippe de Commynes, selon laquelle « Dieu a organisé l’Europe de telle façon que chaque Etat eut un ennemi traditionnel à sa porte ». Pendant mille ans les Européens étaient convaincus de la véracité de ce « constat », mais ils ont su à la longue capitaliser leurs expériences respectives jusqu’à en tirer une autre vision de leur destin, celle de l’Union européenne.

L’exploit européen a été possible non parce que les ressemblances partagées par les peuples européens les ont conduits machinalement à l’unité, mais parce que ces mêmes ressemblances n’ont pas été assez décisives pour leur éviter deux guerres mondiales et d’innombrables conflits bilatéraux.

C’est au tour du Maroc et de l’Algérie de méditer sur leur destin après la fin de la question du Sahara occidental qui est imminente. Les deux pays s’approchent de l’instant fatidique où une solution va devoir être trouvée à ce problème qui a bouché l’horizon historique des cinq Etats du Maghreb. Ce n’est plus qu’une question de jours, de semaines ou de mois.

L’Algérie en sortira avec un double sentiment, l’un bon, l’autre mauvais. Le bon est celui d’avoir la conscience tranquille, l’intime conviction d’avoir défendu jusqu’au bout et contre vents et marées le droit international, les résolutions de l’ONU et le jugement de la Cour de justice internationale de 1975sur le fond du problème. Le mauvais est celui de devoir se rendre à l’évidence devant le triomphe – une nouvelle fois dans l’histoire – de l’injustice : quand la Force l’emporte sur le Droit, le Faux sur le Vrai et le Mal sur le Bien sans que Dieu lui-même ne réagisse.

La rivalité n’est pas une mauvaise chose quand elle est contenue dans les limites du bon sens, du réalisme et de la rationalité. Elle devient alors une saine émulation, une concurrence loyale, une recherche légitime de la victoire dans une course d’affirmation encadrée par des règles et une morale. Comme dans le sport, comme dans les Jeux olympiques.

En revanche, c’est lorsque cette rivalité est poussée à son paroxysme qu’elle devient une animosité enragée, qu’elle se transforme en chauvinisme, en haine vorace, en dérèglement mental autorisant le viol des règles morales et des conventions internationales.

Dans les deux cas ce n’est plus l’affaire de l’Algérie car ni Allah ni le Genre Humain ne l’a chargée de garantir dans ce bas-monde la victoire du Faible sur le Fort et de l’arc et des flèches sur les missiles nucléaires. Rien ne l’oblige à aller plus loin dès lors qu’une majorité d’Etats et le Conseil de sécurité de l’ONU auront, dans le même élan, la même connivence, décidé de changer le droit international en remplaçant le jugement du tribunal international de la Haye par l’« Initiative marocaine ». Sauf à exposer son peuple et son territoire au sacrifice suprême avec un président Trump capable de tout…

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