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COMMENT DEVENIR UNE VRAIE NATION…

by admin

C’est l’élément chimique qui catalyse les composants physiques d’un pays et les combine entre eux pour leur donner un sens et une vocation.

Ce qu’il nous manque pour être une vraie nation, ce ne sont pas les composants physiques (un territoire, un peuple, un Etat, un drapeau) mais un constituant immatériel qui est ce qu’on appelle « l’esprit d’une nation ». Qu’est-ce que c’est ?

C’est un phénomène spirituel, intellectuel, culturel, œuvre des hommes et résultante des idées produites par eux au fur et à mesure du progrès moral, matériel et social. C’est une opération psychique et mentale dont on ne sait pas comment elle se réalise, sinon qu’elle agit à travers l’enseignement dispensé à tous les niveaux, l’éducation sociale et les lois mises en place, le bon exemple donné par les dirigeants et les citoyens, les fruits de la production intellectuelle et artistique des élites sur de larges pans de la société.

On ne la voit pas se dérouler, se déployer, mais ses effets apparaissent à la surface de la vie communautaire, sur les visages, dans la manière de penser, de parler et de se comporter les uns avec les autres, dans la vie où chacun est poli et attentif au respect, à la satisfaction et au repos de l’autre. C’est le sentiment d’être faits de la même façon, de penser pareil, de parler un même langage même dans des langues différentes, de regarder dans la même direction et rêver du même futur… C’est une perception commune de l’intérêt commun, une aspiration synchronique, un rêve symbiotique…

C’est aux philosophes des Lumières que l’Europe doit les grandes avancées intellectuelles, techniques, industrielles et politiques qui en ont fait dans nations développées. C’est à un livre, « The common sens », que les Etats-Unis doivent leur naissance.

Ce sont d’autres livres tels « Que faire ? » de Lénine et le « Livre rouge » de Mao, qui ont réveillé la Russie et la Chine et les ont projetées au rang de grandes puissances. Cet esprit, quand il apparait au sein d’une collectivité à la faveur d’un petit ou d’un grand évènement, et se met en œuvre, rayonne sur tout le monde, irradie chacun, soude les individus entre eux et les dote d’une vision commune du monde. Il en fait alors une belle nation où il fait bon vivre. Parfois on ne nomme pas ces nations, on les désigne par des expressions comme « l’esprit américain », « le génie allemand », « le miracle chinois » ou autre. Des penseurs reconnus ont donné des définitions célèbres de la nation comme Ernest Renan qui l’a résumée dans le « DESIR DE VIVRE ENSEMBLE ».

Cette définition a longtemps bénéficié de la faveur universelle avant qu’un de ses compatriotes, Régis Debray, ne la tempère un siècle et demi plus tard en observant que « les vaches aussi vivent ensemble ». S’inspirant probablement d’un courant de pensée allemand dont Oswald Spengler a été l’un des derniers représentants avec son fameux « Déclin de l’Occident » (livre qui a été traduit de l’allemand au français par l’Algérien Mohand Tazerout dans les années 1930), Régis Debray préfère pour sa part y voir le « DESIR DE FAIRE ENSEMBLE ».

Le siècle de Renan était celui du romantisme, celui de Debray celui du pragmatisme. Il importe en effet plus pour l’Histoire des nations de REALISER ENSEMBLE que de RESSENTIR EN COMMUN, quoique dans les faits l’un ne va pas sans l’autre. Renan a autant raison que Debray car ils ne sont pas en contradiction, mais en complémentarité.Le romantisme est une forme élaborée du sentimentalisme qui, dans sa déclinaison islamiste, a promu une définition de la nation qui ne prend en compte ni le désir de « vivre ensemble », ni celui de « faire ensemble », mais seulement celui de « CROIRE ENSEMBLE ».

Or, croire à l’unisson n’entraine pas à faire nécessairement la même chose. Dans le cas islamique on peut CROIRE la même chose et s’entretuer pour rien ; quant à « faire ensemble », on détruit le présent avec entrain non pour construire l’avenir, mais pour retourner au temps de Qoreïch.Peut-on parler, dans notre cas, de « désir de vivre ensemble » quand une partie des Algériens, les musulmans islamistes qui aspirent à revenir à l’époque qoreïchite, ne partage rien avec l’autre, les musulmans non-islamistes qui souhaitent vivre au diapason de leur époque, sinon un sentiment de rejet réciproque ? Quand les arabophones monolingues regardent les francophones monolingues comme des étrangers avec lesquels ils n’ont rien de commun sinon le passeport ? Quand l’un tire à hue et l’autre à Dia ? Quand Tic dit une chose et Tac le contraire ?Cinq fois par jour depuis mille ans les imams de toutes les mosquées nous rappellent inlassablement l’obligation de « croire ensemble » sans qu’elle ait donné autre chose que la triste réalité dans laquelle nous galérons de la vie au trépas.

Ce qui veut dire que « croire ensemble » ne sert à rien ou, à tout le moins, ne suffit pas. En revanche, on voit dans les pays développés le résultat du « DESIR DE VIVRE ET DE FAIRE ENSEMBLE » sous la surveillance de lois intransigeantes envers les faibles comme les puissants.Rapportée à ces critères, mesurée à cette aune, il n’existe pas de nation algérienne car notre vie publique est une perpétuelle souffrance où chacun semble être venu au monde pour contrecarrer quelqu’un d’autre, où tour à tour nous faisons du mal, consciemment ou « machi-bal-âni », et endurons celui des autres, où nous passons notre temps à nous venger mutuellement de l’injustice subie ici, des déconvenues vécues là et des frustrations accumulées partout…

Non seulement il nous manque l’esprit de nation, mais le moule mental dans lequel l’ignorance de nos dirigeants nous a enfermés nous prémunit contre toute possibilité de l’acquérir un jour.

Ce que nous pensons et entretenons comme idées courantes est juste le contraire de l’esprit de nation, son antithèse, sa négation. Nous sommes en revanche la proie d’autres « esprits », démoniaques ceux-là : l’esprit de vengeance, l’esprit de « hasd », l’esprit de clan… Au lieu de l’esprit d’équipe, de l’esprit de camaraderie et de l’esprit de bon voisinage.

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