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PENDANT QUE L’ALGERIE EST EN GUERRE CONTRE ELLE-MÊME…‎

by admin

Le dernier éditorial de la revue mensuelle de l’armée, « El-Djeïch », a appelé les Algériens à ‎se préparer à défendre leur pays en faisant allusion à la brusque dégradation de la situation ‎à notre frontière avec le Maroc qui s’ajoutait à la fragilisation déjà actée de nos frontières ‎avec le Mali, le Niger et la Libye.‎

Quarante-huit heures plus tard, on apprenait que le Maroc rejoignait la caravane des Etats ‎arabes pressés d’établir avec Israël une coopération sécuritaire et militaire qui les aiderait à ‎en découdre avec leurs voisins consanguins et/ou leurs coreligionnaires. ‎

En échange de quoi il a obtenu la reconnaissance par Trump de la marocanité du Sahara ‎occidental, acte de déraison éminemment personnel et sans précédent dans l’histoire des ‎relations internationales.‎

Et comme pour conjurer le risque d’un mécontentement populaire, le roi a tenu à rappeler ‎que son pays resterait attaché au principe de deux Etats en Palestine. Oui à un Etat ‎palestinien sur quelques arpents de sa terre disloquée en 1948, non à la République arabe, ‎sahraouie, démocratique (RASD) sur son territoire spolié en 1975.‎

Pendant que l’Algérie est en guerre contre elle-même, le peuple sur une rive et le pouvoir ‎sur une autre, des militants de la démocratie partageant les cellules de prison avec des ‎figures de l’ancien régime, un président sitôt mal élu, sitôt hospitalisé à l’étranger, notre ‎voisinage s’effondre un Etat après l’autre et nous, au milieu des ruines, continuant à ‎raisonner comme Djouha dans l’anecdote de l’incendie qui dévorait son village.

Les deux dossiers de la décolonisation qui n’ont pas connu leur dénouement au XXe siècle ‎parce que les grandes puissances ne le voulaient pas, ont été définitivement clos sous nos ‎yeux ahuris par la réalpolitik d’Etats obéissant à la logique des intérêts, tandis que nous ‎nous entêtons à n’être sensibles en matière politique et diplomatique qu’à un aspect qui n’a ‎rien à voir avec elle, la « sacralité », notion uniquement valable en théologie. ‎

A l’apparition du corona virus, le premier réflexe de nos dirigeants a été de demander au ‎peuple de faire preuve de piété et de patience devant cette fatalité divine jusqu’à ce que ‎Dieu décide de l’en délivrer. Mais quand ils furent personnellement touchés, ils s’en remirent ‎à la compétence des personnels de santé de pays non-musulmans avec l’espoir d’échapper ‎au « châtiment divin ».‎

Nous soutenons la cause palestinienne parce qu’elle serait « sacrée », alors que le Hamas ‎n’a pas hésité à la briser en deux en 2006 et que l’Autorité palestinienne a « normalisé » ses ‎relations avec Israël bien avant la Jordanie, les Emirats, Bahreïn, le Soudan, le Maroc et ‎bientôt le reste des pays arabes.

Viendra le jour où Israël présidera tout naturellement aux destinées de la Ligue arabe sous ‎l’égide d’une « doctrine abrahamique » que justifieront avec beaucoup de conviction de ‎pieux et versatiles ulémas, comme viendra le jour où les Palestiniens ouvriront un consulat à ‎Laayoune.‎

Si les faits accomplis inspirés à Trump par une folie vengeresse croissante au fur et à ‎mesure qu’approche le moment de quitter la Maison blanche seront endossés par la ‎prochaine administration, dont celui concernant le Sahara occidental, le risque d’une guerre ‎algéro-marocaine s’éloignera jusqu’à devenir nul car il ne restera plus devant le Polisario ‎que l’option de la réalpolitik, c’est-à-dire l’acceptation de l’autonomie. Ou la disparition.‎

Une Algérie où le front intérieur est en miettes, où le pouvoir est coupé du peuple, où ‎aucune institution n’est légitime, où l’économie est à l’agonie et le dinar plus affaibli que ‎jamais, ne pourra pas l’aider à affronter militairement les puissances occidentales et la ‎coalition israélo-arabe installées à Laayoune. Il n’est même pas sûr qu’elle pourra à court, ‎moyen ou long terme, échapper au sort connu par des pays de sa taille comme l’étaient ‎l’Irak, la Syrie et la Libye des années 70 et 80.‎

La nouvelle année qui est aux portes est peut-être l’ultime occasion pour le pouvoir de ‎réviser sa conception des choses car tous les choix arrêtés jusqu’ici en cercle clos ont ‎lamentablement échoué. Le moment est venu de remettre le pouvoir au peuple en ‎préparant une élection présidentielle totalement libre, transparente, sans intrusion des ‎officines occultes. Alors le front intérieur se reconstituera et notre pays deviendra inviolable.‎

11 Décembre 2022

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