Comme les nuits, les crises portent conseil. Surtout quand elles éclatent loin de soi mais pas suffisamment pour s’estimer hors de portée, à l’abri du danger, non concerné.La guerre du Golfe est en train d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire du monde et, nous l’espérons, dans la conscience des peuples arabes qui auront vu ce que c’est que de mettre tous ses œufs dans le panier d’un voleur de poules.
Ils ont cru en Trump comme a fait « le premier imbécile le jour où il a rencontré le premier escroc », selon la métaphore utilisée par un philosophe pour se moquer de l’apparition du phénomène religieux.
Il ne faut pas que nous autres Algériens, spectateurs dans l’affaire pour le moment, attendions que la guerre s’arrête pour retourner à nos anciennes habitudes.Pas mal de points communs existent entre nos problèmes en Afrique du Nord et ceux qui ont mis le feu au Moyen-Orient pour nous mettre en alerte.
Nous devons tirer le maximum d’enseignements de cette guerre qui va changer le monde et nous atteler sans délai à consolider notre situation économique et politique à l’intérieur, et à rebattre nos cartes à jouer à l’extérieur.
Notre souverainisme ne doit plus reposer sur des mots, mais sur des réalités économiques et militaires : une économie autocentrée forte et des systèmes de défense performants, dissuasifs et autonomes. Comme a fait l’Iran avec ses missiles, mais sans ses points faibles.
Il faut pour cela de l’argent, mais surtout des idées pour savoir comment utiliser au mieux les moyens financiers supplémentaires dont on va disposer en vue de sortir du cercle vicieux de l’endettement intérieur, de la création monétaire, de la masse monétaire sans contreparties, du déficit budgétaire de plus en plus profond et du double marché des changes, l’un officiel, l’autre « parallèle », cause de la dégradation constante du dinar.
Notre pays a décidé de traiter les nouvelles demandes de gaz et de pétrole émanant de ses clients contractuels sur la base des prix fixés par le marché « spot ». Il pourrait aussi, dans la foulée, oser une audace : proposer aux acheteurs de nouvelles quantités d’hydrocarbures de payer avec des dinars algériens achetés auprès de la Banque centrale algérienne.
Pour redresser la valeur du dinar jusqu’à le rendre convertible dans quelques années.La convertibilité d’une monnaie dépend de plusieurs facteurs dont le niveau des réserves de change par rapport à la masse monétaire en circulation.
Ce rapport s’appelle le « ratio de couverture des réserves » et se calcule en divisant les réserves de change par la masse monétaire.Pour améliorer ce ratio, il faut viser le niveau le plus élevé de réserves de change et le niveau le plus bas de masse monétaire.
Le taux d’inflation étant actuellement à moins de 5 % (grâce au soutien étatique des prix) et les réserves de change étant appelées à s’élever, il serait bon de commencer à réunir les autres conditions qui permettront de passer du taux de change administré à un taux de change flexible puis, après une certaine période, laisser l’offre et la demande définir le taux sur le marché réel.
Un ratio de couverture de l’ordre de 30 % est le seuil à partir duquel une convertibilité totale peut être envisagée à condition d’être soutenue par un train de réformes structurelles pour diversifier les exportations et les rentrées de devises.
On n’est pas loin de ce ratio, mais encore très loin de l’insertion de notre économie dans les circuits commerciaux et financiers mondiaux.La hausse des prix du gaz et du pétrole durera tant que les installations de production, de traitement et de convoyage de la région n’auront pas retrouvé leur niveau d’avant-guerre.
Cette guerre que Trump voulait « épique » s’est avérée ne l’être que pour l’Iran qui l’a rendue héroïque par sa manière de tenir en échec les deux armées les plus craintes du monde.
L’humanité assiste avec écœurement à la destruction insensée de l’Iran, du Liban et des pays voisins arabes par la faute de deux tueurs suprémacistes sortis d’on ne sait quel film d’horreur. On a vu l’un s’ébattre sur l’île d’Epstein, tandis que l’autre devait être celui qui filmait.
Les deux sortiront affaiblis et complètement discrédités de cette guerre qui donnera, sauf emploi d’armes nucléaires, une place de choix à l’Iran dans les nouveaux rapports internationaux.
