Le problème posé par la proclamation unilatérale de l’indépendance de la Kabylie va évoluer en fonction de deux paramètres : les termes dans lesquels il sera énoncé, et le rythme des reconnaissances internationales de cette indépendance.
L’enjeu stratégique entre le MAK et le pouvoir algérien sera de gagner la bataille de la séduction. Si le MAK arrive à enfermer les Kabyles dans l’idée qu’il s’agit d’un choix entre lui et le pouvoir algérien, les Kabyles choisiront le MAK.
Il faut rappeler que la Kabylie n’a participé que très marginalement à l’élection présidentielle de 2019, au référendum constitutionnel de 2020, aux élections parlementaires et communales de 2021 et à la présidentielle de 2024.
Elle vit hors de ces institutions depuis six ans et a pris l’habitude de l’abstention dans les scrutins électoraux quels qu’ils soient. Autant dire qu’elle s’est entraînée à vivre indépendante par la faute d’un pouvoir qui n’a fait aucun effort pour la sortir de son « splendide isolement ».
Mais si le pouvoir arrive à convaincre les Kabyles que le choix n’est pas entre lui et le Mak mais entre le Mak et l’Algérie, alors le MAK perdra la partie même s’il est aidé par l’étranger. Une condition à cela : les prochaines élections parlementaires et locales qui auront lieu dans six mois, devront se dérouler dans un climat moral, social et politique assaini.
Le premier résultat de la proclamation de l’indépendance de la Kabylie le 14 décembre prochain, si le rendez-vous est maintenu, ne va pas être de couper l’Algérie en deux, ni la Kabylie d’ailleurs, mais de créer une effervescence mentale dans la tête de chaque Kabyle de Kabylie, d’Algérie et de partout dans le monde.
Rien ne changera dans leur réalité quotidienne, sur le terrain ou leur lieu de travail, mais seulement dans leur imagination, en pensée, la première nuit puis les jours suivants, seuls ou en famille, au café ou ailleurs…
Chaque Kabyle, où qu’il soit, se sentira déchiré à l’idée de devoir un jour ou l’autre choisir entre deux voies, deux avenirs, deux tentations exclusives l’une de l’autre, et aussi irréversibles l’une que l’autre.
Les Kabyles qui se concevaient comme un bloc homogène, commenceront à se diviser entre ceux qui veulent rester dans l’Algérie, et ceux qui voudront s’en séparer pour créer leur propre État.
Le clivage entre les deux camps prendra forme au fur et à mesure des débats qui s’ouvriront à l’intérieur de la société et conduiront à la longue à une scission des Kabyles en deux mouvances.
Le pouvoir soutiendra forcément l’une contre l’autre, et la violence ne tardera pas à s’ensuivre.La Kabylie reviendra alors aux heures d’affrontements entre le FLN et le MNA des années cinquante, entre indépendantistes et KDS, entre « délateurs » (beyyaîn) et « moujahidin ». Chacun sera un « Harki » pour son adversaire et le « biyaa » de l’autre.
Dans les wilayas non-kabyles, le mot d’ordre « zéro Kabyle » fleurira de nouveau…Comme les Kabyles ne vivent pas en vase clos en Algérie, ni dans une réserve comme les peaux-rouges ou loin de toute vie moderne comme les Mormons, l’agitation politique se propagera à d’autres groupes algériens se prévalant de spécificités qui les rendent éligibles eux aussi au « self government ».
On sera ainsi passé de l’individu kabyle déchiré, à la société kabyle scindée en deux visions politiques antagoniques et, enfin, à la division du peuple algériens en deux peuples. Les pays qui auront aidé le MAK et reconnu de jure l’indépendance de la Kabylie, interviendront d’une manière ou d’une autre pour imposer la création de la République kabyle, ce qui déclenchera fatalement une guerre entre l’Algérie et eux.
Si le pouvoir se prépare à la crise qui plane sur l’Algérie en comptant seulement sur la répression, il perdra non seulement la Kabylie, mais toute l’Algérie.
Il ne restera qu’à attendre l’arrivée de l’huissier désigné par la Cour de justice de l’ONU, accompagné d’une équipe de géomètres et de cartographes, pour effectuer les premières mesures et procéder à la pose des piquets de démarcations séparant Algériens et Kabyles.
