J’ai publié le 24 avril 2011 dans « Le Soir d’Algérie » un article intitulé « La malédiction de la constitution » où je constatais qu’une sorte de sortilège était attaché à sa révision quand celle-ci ne visait pas l’intérêt du peuple, mais l’intérêt personnel du Président qui voulait en abuser.
En effet, chaque président de la République qui s’est joué de la volonté et de la souveraineté populaire en disposant de la Constitution à des fins particulières, a perdu le pouvoir ou la vie dans les trois années qui ont suivi.
Sans exception ! Jugeons-en :L’Algérie a compté six présidents de la République élus selon les critères algériens d’usage (Ben Bella-Boumediene-Chadli-Zéroual-Bouteflika et Teboune. Je ne compte pas Bitat, Boudiaf, Kafi et Bensalah qui n’ont pas été des chefs d’État élus, mais des intérimaires, des remplaçants momentanés.
Le premier président élu, Ahmed Ben Bella, a empêché l’Assemblée nationale constituante qui a été élue en septembre 1962 pour donner à l’Algérie sa première Constitution d’accomplir sa mission, et confié son élaboration au parti FLN. Moins de trois années après, il était délogé du pouvoir par le coup d’État de Boumediene. Ce dernier gèle la Constitution de 1963 et gère le pays hors de tout cadre constitutionnel durant onze ans.
En 1976, il décide de donner une Constitution soviétique au pays. Moins de trois années après, il était arraché au pouvoir par une mort mystérieuse. Le président de l’Assemblée nationale, Rabah Bitat, assure l’intérim pour 45 jours.
En 1989, Chadli Bendjedid, fait réviser la Constitution de 1976 sous la pression des évènements d’octobre 1988, et introduit le multipartisme. Moins de trois années après il était chassé du pouvoir par un coup d’État, en janvier 1992, et remplacé par un Haut Comité d’État présidé par Mohamed Boudiaf qui sera assassiné en juin 1992. L’intérim est confié à un autre membre du HCE, Ali Kafi, jusqu’à la tenue d’une élection présidentielle en novembre 1995.
Liamine Zéroual remporte l’élection présidentielle et change en 1996 la Constitution pour créer le Sénat et limiter le nombre des mandats présidentiels à deux. Trois ans après, il démissionnait de ses fonctions sans qu’on en connaisse les motifs à ce jour.
Abdelaziz Bouteflika succède à Zéroual en avril 1999 et touche à plusieurs reprises à la Constitution avant d’en venir au véritable but qui était de supprimer la limitation des mandats. A quelques semaines de l’expiration du troisième mandat « volé », il est frappé (avril 2013) par un AVC dont il ne s’est jamais relevé.
Ignorant la malédiction attachée aux révisions constitutionnelles à des fins égoïstes sur lesquelles j’ai voulu attirer son attention, il a persisté dans sa volonté de rester au pouvoir coûte que coûte malgré son handicap, et postulé à un quatrième mandat en mars 2014.
A quelques semaines de la fin du quatrième mandat, et alors qu’il se préparait à un cinquième, un soulèvement populaire pacifique (le Hirak) éclate dans le pays, lui infligeant le pire des châtiments : être chassé du pouvoir par un peuple unanime sous les yeux du monde entier.
Abdelmadjid Tebboune lui succède en décembre 2019 et amende la Constitution pour, notamment, rétablir la limitation des mandats présidentiels à deux. Un référendum populaire pour entériner cette révision est convoqué pour le 1er novembre 2020.
Ce jour-là, le président Tebboune est dans le coma dans un hôpital allemand. Les résultats du référendum ont été marqués par une abstention frisant les trois-quarts du corps électoral.
En ce mois de janvier 2026, et alors qu’il a entamé depuis un an et demi son deuxième mandat, il est question d’une révision « technique » de la Constitution dont les Algériens attendent de connaître la substance.
Dans mon article de 2011 , j’expliquais la « malédiction de la constitution » par une cause, la trahison des Martyrs. Au lieu d’émaner du peuple à travers des représentants mandatés par lui, la Loi fondamentale algérienne lui a toujours été arbitrairement imposée.
Bon nombre de nos compatriotes de tous âges, sexes, régions et niveaux intellectuels croient au sort, aux prédictions et aux histoires surnaturelles. Ça fait partie de notre culture. Nous croyons pour la plupart aux miracles, aux contes et légendes, au merveilleux, à la prédestination et à la malédiction.
Quand l’horizon national est bouché, que nous n’entrevoyons pas de solution à nos problèmes personnels ou ceux du pays, nous laissons percer notre désespoir et soupirons, abattus : « Nous sommes maudits ! Une malédiction doit peser sur nous ! Ce sera toujours comme ça ! Jamais nous ne nous en sortirons ! »
En tout cas, ce texte est une adresse sincère au président Tebboune, en même temps que ma contribution à une révision qui servirait l’intérêt national.
