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ALGÉRIE-MAROC : OUI, NOUS NOUS REVERRONS MES FRÈRES…

by admin

Aujourd’hui a été notre jour de baptême à la Coupe africaine des nations, marqué par une victoire qui augure de bonnes chances d’aller loin dans une équipée qui pourrait nous mener au dernier jour de cette fête panafricaine, à la finale, ou peut-être même à notre troisième sacre en CAN.

Mais si nous n’arriverons pas à surmonter les nombreux obstacles qui nous en séparent, ce que nous avons vu et ressenti ces jours-ci suffira pour nous faire quitter le Maroc en entonnant « Le Chant des Adieux » que le monde entier connaît et révère :

« Ce n’est qu’un au-revoir, mes frères… Oui, nous nous reverrons, mes frères, ce n’est qu’un au revoir… Formons de nos mains qui s’enlacent au déclin de ce jour une chaîne d’amour… Car Dieu qui nous voit tous ensemble et qui va nous bénir, saura nous réunir… L’idéal qui nous rassemble saura nous réunir… ».Ce chant écossais est devenu au fil des siècles un hymne universel à l’espoir de retrouvailles après une séparation forcée par des malheurs ou des… frontières.

Le moment privilégié pour le chanter est la fin de l’année, fin décembre, la veille de la nouvelle année, ces jours-ci…Les supporters algériens ont fait une apparition triomphale dans la capitale marocaine où devait se jouer le match inaugural, avec un nouvelle chanson qui a séduit Marocains et Algériens et effacé les méchancetés proférées des deux côtés ces derniers mois sur les réseaux sociaux.

Les Marocains leur ont rendu la politesse en se levant par respect pour notre hymne national exécuté à l’ouverture du matche en même temps que celui de nos frères soudanais.

Un penseur de la guerre, Clausewitz, a été rendu célèbre par une citation (« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ») alors que ce n’est pas ce qu’il a dit de plus juste. D’abord elle est la continuation de la « diplomatie », pas de la « politique » qui est une chose intérieure et qui, lorsqu’on veut l’étendre aux choses extérieures, est complétée par « étrangère ». Comme pour se rattraper, Clausewitz a écrit à un autre endroit de son livre, « De la guerre » :

« La guerre n’est pas un but par elle-même. On ne se bat jamais que pour engendrer la paix ». Renouant ainsi avec la vieille formule romaine « Si tu veux la paix, prépare la guerre ».Quel rapport avec la CAN ? Le football est devenu à notre époque la continuation de la guerre par d’autres moyens qui sont le sport, les jambes…

Dans l’imaginaire des nations engagées dans une coupe du monde ou continentale, les stades se transforment très vite en arènes, pour ne pas dire en champ d’honneur où se poursuivent des hostilités vivaces et des haines inextinguibles. Toute compétition entre les nations qui a pour cadre la scène internationale et pour spectateurs le monde entier ne peut que prendre la dimension d’un affrontement à mort, d’une bataille de destin, et cela sans égard pour l’enjeu lui-même qui peut n’être que symbolique.

Les peuples n’ont pas toujours l’occasion de suivre en direct le déroulement des grandes batailles de destin, c’est pourquoi ils suivent tous instincts grégaires libérés les matchs internationaux qui les impliquent.Si les joueurs ont l’air de « jouer », les nations qu’ils représentent tremblent à des milliers de kilomètres de là.

Toutes les étapes éliminatoires, toutes les péripéties sont vécues par elles – le cœur serré et les tripes nouées – comme des catastrophes nationales, de méchants coups du destin ou des victoires vengeresses, selon le résultat. Ce n’est pas du jeu au sens enfantin ou sportif du terme.

A travers son équipe nationale, chacun se prépare à défendre son identité, sa réputation, son image de marque. Chaque protagoniste jette tout son poids, recourt à toutes les ruses et va jusqu’à l’extrême limite du permis pour triompher de son ennemi.

La vie biologique, la vie économique, la vie sportive, tout en ce monde n’est que compétition, combat, lutte pour la survie, pour le bien-être, pour le succès… La faiblesse, le sous-développement et l’échec n’émeuvent plus aucune conscience, ils ont fini par lasser, par écœurer même.

Depuis le coup d’envoi donné à la Coupe Africaine des Nations, les peuples algérien et marocain étaient en proie à une certaine angoisse. Quoiqu’on feigne de croire des deux côtés, tout le monde sait que s’il y a un match qui ne ressemblera à aucun autre, ce sera celui qui opposerait l’Algérie au Maroc.

Tant on est certain que les deux équipes ne seront pas là pour jouer, épater ou ajouter en noblesse au sport grégaire par excellence mais, quelque part, des guerriers, des gladiateurs chargés par leurs États de les venger.

Mais ce qu’on constate sur le terrain, c’est que l’influence de la politique a laissé place à des manifestations de joie et de fraternité montrées avec un naturel désarçonnant par les publics des deux pays, lançant indirectement un avertissement à leurs dirigeants : ils ne les suivront pas dans une aventure qui détruirait leur fraternité, leur affection réciproque et leur respect mutuel. A bon entendeur…

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