Ce titre est la parodie d’une chanson de Mazouni intitulée « Adieu la France, Bonjour l’Algérie ! ». Je l’ai choisi parce qu’il y a des chances que cet air soit bientôt entonné dans les camps sahraouis de Tindouf – moyennant quelques adaptations orales – à qui le roi Mohammed VI a demandé de se préparer à rentrer au bercail dans le discours qu’il a prononcé après l’adoption par l’ONU de la Résolution 2797, en même temps qu’il proclamait la date du 31 octobre jour de « Fête de la Réunification » hissée au même rang que la fête du Trône et celle de l’Indépendance.
Tandis que l’Algérie et le Polisario s’emmuraient dans un silence digne des moines tibétains en méditation sur les hauteurs de l’Himalaya, le Roi est resté à la manœuvre sur tous les fronts, tous les terrains, partout où se jouait encore la partie.
Hier, il a commandé une réunion de ses Conseillers et des membres du Gouvernement en charge de l’Intérieur et des Affaires étrangères avec les responsables des partis politiques représentés au parlement, pour travailler à un processus de rapatriement des populations sahraouies de Tindouf.Le Maroc n’a pas laissé passer un jour, un mois, une année, une occasion ou une fenêtre de tir pour marquer un point, avancer un pion sur l’échiquier, inscrire un but ou glaner une voix.
Il a réussi à transformer une cause injuste (au regard de la Cour internationale de justice) en une cause sacrée ; à faire d’une question de décolonisation une Reconquista avec la bénédiction de la communauté internationale ; et, depuis le discours du 31 octobre, à vouloir imposer « l’Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara » comme si elle avait été négociée sous le parrainage de l’ONU et acceptée des autres parties. C’est de la sorte, c’est à ce prix que le Maroc compte « être dans son Sahara et le Sahara dans son Maroc » comme le ressasse une chansonnette marocaine depuis des lustres ? Ce n’est plus de la politique ou de la diplomatie, ça devient de la subversion et de la tricherie, une duperie du début à la fin !Le Maroc agit, par le hallal et le haram, tandis que ses adversaires ne réagissent même plus.
Il saute sur la première opportunité venue, eux attendent une solution qui tomberait du Ciel comme était attendu Godot, porteur mythique de salut et de solutions, par les deux personnages centraux de la pièce de théâtre de Samuel Beckett intitulée « En attendant Godot ».
Les années s’égrenaient sans qu’ils n’aient engrangé le moindre grain, sans qu’ils aient changé quoi que ce soit à leur positions, sans réaliser que l’échelle va être retirée, le ban fermé, la messe dite et « salat al-janaza » accomplie.
Dans un précédent enregistrement sur la Révolution algérienne, j’ai mis en lumière un aspect presque inconnu de l’Appel du 1er novembre 1954, à savoir qu’il était composé de deux parties : la première qui était un appel aux Algériens à rejoindre la lutte armée contre le colonialisme français, et la seconde qui portait une offre de négociation avec des objectifs clairs qui seront repris dans la Plateforme de la Soummam en 1956, et réitérés dans tous les rounds de discussions qui ont eu lieu entre le FLN et le pouvoir français entre 1955 et mars 1962 où ils se sont conclus sur les Accords d’Évian et l’indépendance.
L’Algérie n’a obtenu son indépendance ni de l’ONU, ni du général de Gaulle, mais de son combat sur le terrain. Son référendum d’autodétermination n’a pas attendu juillet 1962, il a eu lieu lors des journées de décembre 1960 pendant lesquelles le peuple algérien a démontré dans tout le pays, durant des semaines et au prix de centaines de morts, sa résolution d’être libre et souverain sur sa terre.C’est cette vision, cette stratégie qui a fait défaut à la résistance sahraouie, restée l’otage d’un principe onusien qui a changé de sens avec le changement du droit international. C’est ce que je n’ai cessé de répéter ces dernières années.
Pour moi, la partie a été perdue en 1979 avec la rétrocession de la partie du Sahara occupée par la Mauritanie à la RASD et reprise par l’armée marocaine avec l’aide militaire de la France de Giscard d’Estaing pour qui il n’était pas question de laisser se former au Maghreb un sixième État qui serait l’allié de l’Algérie.
Aucune puissance n’en voulait, et c’est encore le cas aujourd’hui.Le Polisario doit trouver le moyen de reprendre l’initiative en présentant une plateforme de négociation adossée à la Résolution 2797 pour ne pas être éjecté du dossier car c’est ce qu’il risque et c’est à quoi travaille le Maroc déjà engagé dans la recherche d’autres « interlocuteurs valables ».
Les appels du Roi à la population sahraouie comme si elle n’avait pas de représentant légitime et légal procède de cet esprit : diviser les rangs sahraouis, disqualifier le Polisario et revoir à la baisse le Plan d’autonomie qui, s’il était appliqué tel quel, tel que soumis à l’ONU en 2007 et agréé par la Résolution 2797, se retournera à long terme contre le Maroc.
D’autres régions du pays, à commencer par le Rif, voudront bénéficier du même Plan et ne tarderont pas à le faire savoir s’il est effectivement accordé aux Sahraouis avec ou sans le Polisario.
Souvenez-vous en !
