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IDÉALISME CONTRE RÉALISME : QUI L’EMPORTERA AU SAHARA ?

by admin

L’idéalisme et le réalisme n’ont jamais paru aussi franchement inconciliables que dans le cas de la recherche d’une solution au problème du Sahara occidental où les adversaires, celui qui tient la proie et celui qui veut la récupérer, se disputent sa possession. Le premier répète quotidiennement telle une prière liturgique qu’il ne rendra pas la proie avant que Dieu n’hérite « de la terre et ceux qui s’y trouvent» (Coran, S.« Meriem », V.40), et le second qu’il en reprendra pssession par tout moyen, oubliant que la proie a été digérée et qu’il n’y a pas moyen de la régurgiter.

La Cour de justice internationale a certes reconnu en 1975 les droits du peuple sahraoui sur sa terre occupée par le Maroc, mais son verdict était purement consultatif. Il n’est pas contraignant et ne peut être imposé par la force.

Si le Polisario pense au recours aux armes comme jadis, il ne le peut plus dans les conditions actuelles du monde. Il sera classé comme organisation terroriste et mis en quarantaine par le monde entier. S’il compte sur une implication militaire de l’Algérie, les États-membres de l’ONU reconnaissant la « marocanité du Sahara » se coaliseront contre elle et la mettront au ban de la communauté internationale.

Que fera alors l’ONU de l’« avis consultatif » dont toute l’action depuis 1975 et l’argent dépensé dans ses diverses opérations, l’ont été en application de ce jugement qui a nié la souveraineté du Maroc avant 1975 et préconisé un référendum d’autodétermination ? Elle le classera « sans suite » et la terre continuera de tourner comme depuis son apparition.

Ce qu’il y a de nouveau et de curieux en même temps dans l’affaire, c’est que l’ONU dont plus des deux-tiers des États-membres et trois membres sur cinq de son Conseil de sécurité ont reconnu individuellement la « marocanité du Sahara », vient d’accorder un répit d’un an aux deux parties pour trouver une solution qui n’a pas été trouvée en cinquante ans.

Contradiction ? Subterfuge aux visées inconnues ? On ne sait. Le fait est que les contorsions de langage auxquelles s’est livré le Conseil de sécurité la semaine dernière ne rapprocheront pas les positions marocaine et sahraouie tant elles sont opposées dans la forme et exclusives l’une de l’autre dans le fond.

Le Polisario n’acceptait comme solution que le référendum d’autodétermination mais celui-ci, qui n’était déjà pas possible dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix faute d’un accord sur les listes des votants, l’est encore moins aujourd’hui.

Beaucoup de Sahraouis de l’extérieur et de l’intérieur sont décédés, et beaucoup de Marocains se sont installés dans les provinces sahraouies.Le Maroc, lui, n’a jamais cru qu’au « référendum confirmatif » où il n’y a pas de bulletins « non » mais que des bulletins « oui », et n’envisage à ce jour que le statut d’autonomie.

Imaginons que le Polisario se plie à cette option unique marocaine et que le référendum sur le plan d’autonomie se solde par un « non », par un rejet. Que fera le Maroc ? Chassera-t-il les Sahraouis de l’intérieur ? Ils sont 300.000 au moins. Où iront-ils ? A Tindouf, ou bien seraient-ils condamnés à errer dans le désert ?

Le Polisario a assoupli sa position à la veille du vote du Conseil de sécurité en étendant le référendum d’autodétermination à 3 options : l’indépendance, l’autonomie et l’intégration. Cet « élargissement » est en sa défaveur car il donne d’emblée au Maroc deux chances sur trois de gagner. Supposons donc que le Maroc l’accepte pour cette raison et que le choix de l’indépendance est consacré par les résultats.

Le Maroc va-t-il plier bagages, abandonner ce territoire de 260.000 km² avec sa population marocaine, ses infrastructures, ses investissements et ceux des étrangers ? Et quelle sera l’attitude de l’ONU, du Conseil de sécurité, des pays qui ont reconnu la « marocanité du Sahara » et de ceux qui y ont ouvert des consulats, dont l’Amérique de Trump ? Scenario invraisemblable !Les deux options, sahraouie et marocaine, sont impraticables, irréalisables en tant que telles. Chacune qui viendrait à être retenue signerait la fin de l’autre : l’effondrement de la Monarchie pour le Maroc, le désarmement et l’errance dans le désert pour le Polisario.

C’est pourquoi un compromis est nécessaire, vital, une question de vie ou de mort. « Un tiens » valant mieux que « deux tu n’auras rien » selon l’adage que j’ai un peu modifié, la solution pourrait venir de la combinaison des deux approches, de leur fusion dans un même document qui n’a pas encore été écrit mais qu’ils pourraient écrire ensemble sous l’égide de l’ONU et avec la contribution de l’Algérie et de la Mauritanie.

C’est ce document commun, cet accord sur une Union à l’américaine, une Fédération des deux États, ou autre formule, qui serait soumis au vote des Sahraouis de l’intérieur et de l’extérieur.

Qu’y-a-t-il de mieux qu’une formule pouvant rapprocher le défunt idéalisme du réalisme qu’imposent les circonstances, c’est-à-dire une solution qui représenterait un peu plus que l’autonomie, et un peu moins que l’indépendance.

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