Avant l’arrivée des Français en 1830 dans la Régence (ottomane ou autonome) d’Alger, les Juifs d’Algérie dont le nombre était de 17.000 environ étaient soumis au statut de « dhimmi ». Ce mot signifie « protégés », un statut réservé aux non-musulmans vivant en pays d’islam. Le colonialisme français les met à égalité avec les Algériens, chaque communauté étant libre d’appliquer les règles de sa religion.
En 1865, Napoléon III propose la citoyenneté française aux deux communautés à condition d’abandonner leur statut religieux pour le statut civil français. Après quelques hésitations, les instances religieuses juives acceptent l’idée d’une « naturalisation collective », et deviennent français en vertu du décret Crémieux de 1870.
Après la défaite française face à l’Allemagne en 1940, le régime de Vichy retire aux Juifs d’Algérie la nationalité française. Beaucoup d’entre eux perdent leurs biens et d’autres sont envoyés dans des camps de travail.
A la proclamation de l’Etat israélien en 1948, peu de juifs algériens émigrent en Israël. On estime leur nombre, de 1948 à 1964, à 10% de la population juive totale. Lorsque la Révolution du 1er novembre 1954 éclate, les Français d’Algérie reçoivent des assurances quant à leur avenir dans une Algérie indépendante.
C’est l’Appel du 1er novembre 1954 qui les leur donne : « Tous les Français désirant rester en Algérie auront le choix entre leur nationalité, et seront de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur, ou opteront pour la nationalité algérienne, et dans ce cas seront considérés comme tels en droits et en devoirs ».
La Plateforme de la Soummam de 1956 sera plus explicite et s’adressera directement à la communauté juive à laquelle elle a consacré plusieurs paragraphes où le passé et l’avenir sont évoqués.Voici ces paragraphes : « Au lendemain de la libération de la France, la communauté juive algérienne retrouva rapidement ses droits et ses biens grâce à l’appui des élus musulmans, malgré l’hostilité de l’administration pétainiste.
Aura-t-elle la naïveté de croire que la victoire des ultra-colonialistes, qui sont précisément les mêmes qui l’ont persécutée naguère, ne ramènera pas le même malheur ?
Les Algériens d’origine juive n’ont pas encore surmonté leur trouble de conscience, ni choisi de quel côté se diriger. Espérons qu’ils suivront en grand nombre le chemin de ceux qui ont répondu à l’appel de la patrie généreuse, donné leur amitié à la Révolution en revendiquant déjà avec fierté, leur nationalité algérienne…
En dépit du silence du Grand Rabbin d’Alger, contrastant avec l’attitude réconfortante de l’Archevêque se dressant courageusement et publiquement contre le courant et condamnant l’injustice coloniale, l’immense majorité des Algériens s’est gardée de considérer la communauté juive comme passée définitivement dans le camp ennemi.
Le FLN a étouffé dans l’œuf des provocations nombreuses préparées par les spécialistes du gouvernement général. En dehors du châtiment individuel infligé aux responsables de crimes contre la population innocente, l’Algérie a été préservée de tout pogrom. Le boycottage des commerçants juifs, devant suivre le boycottage des Mozabites, a été enrayé.
Voilà pourquoi, le conflit arabo-israélien n’a pas eu en Algérie de répercussions graves, ce qui aurait comblé le vœu des ennemis du peuple algérien. Sans puiser dans l’histoire de notre pays les preuves de tolérance religieuse, de cohabitation sincère, la Révolution Algérienne a montré par les actes qu’elle mérite la confiance de la minorité juive pour lui garantir sa part de bonheur dans l’Algérie indépendante… »
La Plateforme a fait allusion aux juifs qui se sont engagés en faveur de la Révolution algérienne et souhaité une prise de position publique des instances religieuses juives qui n’est jamais venue.
A l’indépendance de l’Algérie en 1962, 150.000 juifs quittent l’Algérie pour la France. En 1971, il n’en reste plus qu’un millier et actuellement environ 200.
