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1956 : BENNABI REJOINT LE FLN AU CAIRE

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Où est Malek Bennabi en novembre 1954, alors que s’ouvrent une des plus importantes phases de l’histoire de l’Algérie et une des luttes de libération les plus marquantes du XX° siècle ?

En juin 1954, il est en possession d’un billet de bateau et se prépare à partir pour l’Égypte où il arrive effectivement fin juin. Quand il sort des presses du Seuil en septembre 1954, « Vocation de l’islam » comporte une note en bas de page où l’auteur évoque un « tout récent voyage en Orient ». Dans« L’Afro-Asiatisme », il rapporte qu’il a assisté au défilé militaire du 02 juillet 1954 au Caire.

Enfin, il existe une photo datant du même mois le montrant aux côtés du général Néguib, Nasser et Sadate.Le 11 février 1955 a été publié dans « La République algérienne » son dernier article de l’ère coloniale, « Lettre ouverte à Borgeaud », une semaine après la chute du gouvernement Mendès-France.

Bennabi y fustige ce pilier du colonialisme en Algérie opposé à la politique d’ouverture de Mendès-France dont il avait fomenté la chute. Début mai 1956, Bennabi arrive au Caire, accompagné de Salah Ben Saï, frère de Hamouda Ben Saï dont j’ai parlé précédemment. Ferhat Abbas l’y avait précédé de quelques semaines.Deux expériences complètement nouvelles l’attendent en Égypte : la Révolution algérienne et la plongée au cœur de l’Orient. Au siège de la Délégation extérieure du FLN au Caire, Ben Bella et Khider lui font bon accueil, tandis que le Dr. Lamine Debaghine le boude.

Les deux premiers se trouvent au Caire depuis 1952 où ils formaient avec Aït Ahmed et Chadli Mekky la Délégation extérieure du PPA-MTLD, alors que Lamine Debaghine, ancien numéro deux du PPA-MTLD, vient d’être désigné par Abane Ramdane à la tête de cette structure.On lui offre de travailler dans la rédaction de la « Voix des Arabes », ce qu’il accepte, mais la collaboration ne dure que quelques semaines. Ses relations avec les membres de la Délégation Extérieure du FLN vont évoluer en dents de scie.

Elles seront bonnes avec les uns et mauvaises avec ceux qui entendent qu’il agisse sous leur contrôle, tandis que lui se conçoit comme parfaitement libre de s’exprimer en qualité d’intellectuel qui n’a rien à prouver. Il ne tardera pas à se plaindre de « la volonté sourde et tenace qui m’a systématiquement écarté de tout ce qui touche à la Révolution, comme si cette volonté omniprésente avait voulu mettre une séparation étanche entre les idées pour lesquelles j’ai lutté et la conscience algérienne ».

Le 4 juillet 1956 il rencontre en tête-à-tête Ben Bella et lui réitère son désir de servir concrètement la Révolution. Ne recevant aucun écho à sa demande, il adresse le 14 août à « Messieurs de la Délégation du FLN » un courrier où il déclare : « J’ai été appelé au Caire il y a plus de trois mois par une double mission.

La première concernait un livre dont le titre, « L’Afro-asiatisme », vous dira la nature du sujet traité et ses incidences sur le problème algérien dans ses rapports avec les relations internationales. Cette première mission, je l’ai accomplie dans la mesure où elle dépendait de moi.

Quant à ma seconde mission, c’est celle dont je voulais vous entretenir ici : elle concerne l’intellectuel qui a marqué sa position depuis longtemps dans la lutte anticolonialiste et qui croit devoir aujourd’hui s’engager plus expressément dans la lutte armée du peuple algérien… »Dans les milieux estudiantins et universitaires arabes, la réputation de Bennabi l’avait précédé.

La publication en leur temps du « Phénomène coranique » (1947), des « Conditions de la renaissance » (1949) et de « Vocation de l’islam » (1954) avait suscité des débats en Algérie et en France dont les échos étaient parvenus au Liban, en Égypte, en Syrie, au Maroc, etc. Il s’attaque à la traduction en arabe de ses livres avec le libanais Omar Meskawi et les Égyptiens Abdessabour Chahine et Mahmoud Chaker.

« Les conditions de la renaissance » sort en 1957 avec une nouvelle introduction et un chapitre supplémentaire ; « Le phénomène coranique » en septembre 1958 avec une introduction de Bennabi et une autre de Mahmoud Chaker ; et « Vocation de l’islam » en 1959.Bennabi a construit le socle de sa pensée sociologique sur la base d’une trilogie formée par « Les conditions de la renaissance », « Vocation de l’islam » et « L’Afro-Asiatisme ».

Ses deux premiers ouvrages, « Le phénomène coranique » et « Lebbeïk » (1948), ont en commun d’être des ouvrages à caractère religieux correspondant à sa propre « phase de l’âme ».Au Caire, il va consolider ce socle par une autre trilogie constituée de « La lutte idéologique dans les pays colonisés » (1957), « Le problème de la culture » (1958) et « Naissance d’une société » (1960).

On aurait pu y inclure « Le problème des idées dans la société musulmane » commencé au Caire en décembre 1959, mais interrompu après le cinquième chapitre. Il le reprendra en 1970 et sera publié en arabe au Caire en 1971. La version française paraîtra en 1990 à l’initiative et avec une préface de Nour-Eddine Boukrouh.

Durant la période égyptienne, Bennabi va publier une brochure (« SOS Algérie ») et six nouveaux livres. Socialement il vit très modestement, partageant pendant près de deux ans un appartement avec des étudiants. Ses ressources proviennent d’un maigre pécule qu’il reçoit du FLN. Il se tient à l’écart des tiraillements de la direction de la Révolution entre l’intérieur et l’extérieur, les « politiques » et les « militaires ».

Les figures et les courants politiques qu’il a connus et critiqués en Algérie se sont transposés au Caire et, avec eux, les préjugés à son égard. De son côté, il ne les épargne pas, les traitant de « zaïmaillons », de « sinistre bande » et même de « gang ».

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