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IRAN : LES DEUX FILS ENNEMIS

by admin

L’avenir de l’Iran est suspendu au résultat de la guerre en cours. Deux figures se disputent cet avenir. L’un représente le très long passé impérial et monarchique de la Perse, l’autre la toute récente expérience républicaine religieuse, deux notions qui ne sont pas censées se rencontrer .

Le premier est le fils du Shah chassé du pouvoir en 1979 par les Mollahs, le second le fils de l’Imam Khamenei qui vient d’être assassiné par les Américains et les Israéliens. Chacun est l’alternative de l’autre. Ils sont les deux faces d’une même médaille qui se haïssent et se rejettent. L’Iran résiste, mais il ne faut pas se faire d’illusions, il ne peut pas gagner cette guerre.

Sinon, cela reviendrait à dire qu’il a battu les deux armées les plus aguerries du monde, et cette idée est intolérable pour ces deux entités, surtout la cadette qui est le véritable chef de l’alliance. Dès que les pertes américaines et israéliennes atteindront un seuil inacceptable, ils utiliseront sans état d’âme les armes nucléaires tactiques dont ils disposent pour le détruire dans des proportions gigantesques.

Le Moyen-Orient connaîtra alors sa plus grande mutation, et plus rien ni personne ne pourra empêcher l’avènement du « Grand Israël » qui ouvrira une nouvelle ère historique. Tel est, me semble-t-il, le sens des événements qui se déroulent sous nos yeux ébahis.

Étrange singularité que ce pays dont le régime politique n’est ni une franche théocratie, ni une vraie démocratie, ni une dictature militaire assumée, ce qui explique pourquoi il se bat aujourd’hui contre les puissants du monde qui veulent le réduire à néant. Il n’y a que les « moustadâfin fi-l-ard », une notion chère au discours de la révolution islamique, qu’on peut traduire par « les damnés de la terre », qui observent en silence en guise de témoignage de leur solidarité de cœur.Ce vieux pays comptait parmi les grands empires de l’antiquité sous plusieurs noms : Mèdes et Achéménides (550-300 av JC) et plus tard Sassanides (224-651).

Il s’est longtemps frotté à la culture grecque, latine et byzantine, avant d’embrasser l’islam en 651 qui s’est surajouté au syncrétisme culturel acquis au fil des siècles, avant de déboucher sur la pensée chiite actuelle. Sous la dynastie savafide (1501-1736) le chiisme duodécimain (les 12 imams) s’impose en Iran qui était jusque-là largement sunnite, et devient religion d’État.

Les invasions afghanes entre 1717 et 1722 s’emparent de la capitale, Ispahan, et mettent fin à leur règne en exécutant le Shah Sultan Hussein. Des troubles s’ensuivent qui dureront des décennies avant qu’un militaire de la région du Caucase, Mohammed Khan Qajar, ne rétablisse l’unité de l’Iran et ouvre la voie à la dynastie Qajar (1789-1925) qui s’appuie sur l’aide des Russes et des Britanniques en contrepartie de concessions économiques et politiques.

L’économie du pays est bradée et des territoires perdus. La capitale est transférée à Téhéran en 1789.دA l’orée du XXe siècle, un autre militaire d’origine kurde, Reza Taqavi (1878-1944), sert dans la Garde royale et constate la déliquescence à laquelle sont arrivés la famille régnante et le pays. Admirateur du mouvement « Jeunes turcs » et du général Mustapha Kamel Atatürk, il gravit les échelons et devient colonel.

Il change son nom en Reza Khan Pahlavi pour faire oublier ses origines kurdes. Il contribue à un complot fomenté en 1921 par les Britanniques pour destituer la dynastie impopulaire et incompétente. Il devient ministre de la Défense.

En 1925 il renverse la dynastie Qajar et se fait proclamer Shah d’Iran sous le nom de Reza Shah Pahlavi. Il suit les traces de Mustapha Kamel en engageant d’importantes réformes économiques et culturelles allant dans le sens de la laïcisation appliquée dans la Turquie moderne. Pendant la deuxième guerre mondiale, il sympathise avec l’Allemagne.

En 1941 l’Union soviétique et la Grande Bretagne envahissent l’Iran et déposent le Shah qu’ils exilent en Afrique du Sud où il mourra en 1944. Il est remplacé par son fils, Mohammed Reza Pahalavi qui régnera de 1941 à 1979, année où il a été renversé par une révolution religieuse menée par l’ayatollah Khomeini. L’Iran n’a jamais été une République.

Celle instituée en 1979 est un cas unique en son genre et en son nombre. La souveraineté n’y est pas détenue par le peuple mais par Dieu ; le président de la République est l’équivalent d’un premier ministre sans pouvoirs effectifs ; le « Guide suprême » est élu à vie par un collège de 86 personnes et concentre entre ses mains tous les pouvoirs civils, militaires et judiciaires mais à titre intérimaire seulement, en attendant la réapparition de l’Imam caché, le Mehdi.

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