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TRUMP ET LE SAHARA : SOLUTION OU INJUSTICE DE PLUS ?

by admin

J’ai lu comme tout le monde les « compléments » apportés par le Maroc à son « Initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara » de 2007, tels que publiés ce jeudi 12 février par un média espagnol.

Cette « Initiative » ne saurait être, ainsi que le précise son intitulé même, un « Plan d’Autonomie », sinon par un abus de langage. Elle ne comporte pour l’heure que le seul point de vue marocain. Il y manque celui du Polisario et des autres parties pour devenir (ou ne pas devenir) un Accord final qui mériterait le titre de « Plan d’autonomie ».

J’ai l’impression que ces « compléments » cherchent comment minimiser les engagements pris dans la version 2007 de l’Initiative, ce qui représenterait un recul inacceptable qui démolirait tout l’édifice car la Résolution 2797 repose en entier sur ces engagements.

Un premier pas vers la résolution du problème du Sahara occidental a été accompli cette semaine, non pas parce que l’Algérie et le Maroc l’ont décidé dans un brusque sursaut de sagesse, mais parce que les deux pays se trouvent dans une région devenue essentielle aux yeux de la géostratégie américaine qui cherche à en fermer l’accès à la Chine et à la Russie, comme elle veut le faire aussi au Groenland.

Il n’y a pas un vainqueur et un perdant dans cette affaire, mais deux candidats à l’autodestruction qui étaient à deux doigts de se faire la guerre : le Maroc et l’Algérie. C’est à Trump qu’il faut tresser des couronnes d’avoir réussi à les réunir à Madrid, et à personne d’autre.

En revanche, les deux pays peuvent trouver dans cette redistribution des rôles et des cartes fortuite une nouvelle vocation, au lieu de continuer à se disputer pour des broutilles et travailler avec acharnement à leur rapetissement mutuel.

C’est leur unique raison d’être sur la terre actuellement.

Il n’y a pas que le problème du Sahara occidental qui empêchait les deux pays d’avancer, de se développer sérieusement et rapidement comme l’ont fait il n’y a pas longtemps les « dragons » asiatiques. Il y a aussi la méfiance réciproque qui s’est installée entre eux, la haine endurcie et le khéchinisme qui les renvoie systématiquement dos à dos.

Le compagnonnage américain pourrait les réveiller à de nouvelles raisons d’être, leur faire découvrir de « nouvelles frontières », les intégrer à des dynamiques internationales qui les arracheraient à leurs « chikayas » et leur vision archaïque du monde. Leurs territoires sont suffisamment vastes, les opportunités historiques disponibles et ouvertes, les chances d’entreprendre ensemble nombreuses…

Le Grand Maghreb les appelle, les interpelle, leur rappelle qu’il est un géant qui dort à la croisée de plusieurs continents et un pont naturel entre l’Europe et l’Afrique, qu’il est un trait d’union entre la Méditerranée et l’Atlantique, qu’il constitue un tronçon vital dans les routes commerciales mondiales.

Par la Libye et l’Égypte il permet de joindre le Moyen orient et l’Eurasie. Son Sahara renferme des énergies fossiles et renouvelables, des minerais non exploités et des terres rares, de l’eau en abondance et des sites touristiques uniques au monde…

Trump, bien sûr, n’est pas venu faire notre bonheur, mais pour réaliser la « grandeur » de l’Amérique qui voit dans le Maghreb un point d’appui très important en cette époque de mutations systémiques vers une nouvelle ère, vers une autre épopée humaine…

Nous devons être de la partie cette fois, et non encore une fois des oubliés de l’Histoire, des « autochtones » et des « msalmin mkatfin », de la chair à canon et des migrants illégaux…

Si nous arrivons à nous auto-convaincre que tel est le chemin qui sauvera nos pays et notre région, que notre avenir dépend de nos décisions en cette phase délicate de notre histoire, nous pourrions voir dans le partenariat qui nous lie à l’Amérique, pour un bout de temps, l’occasion de réviser nos jugements, de vaincre notre subjectivité et nos émotions pour enfin nous laisser guider par la rationalité et la vue lointaine.

Notre problème est dans nos têtes, dans notre mentalité orientale décadente, dans nos fausses idées, dans notre « taghenante historique »….

Si les intérêts du Maghreb et ceux de de l’Amérique peuvent s’accorder, pourquoi ne pas transformer l’occasion de travailler sur le Sahara occidental en coopération globale et durable, en négociations de bloc à bloc pour pacifier notre région, réaliser son intégration économique, organiser ses complémentarités, valoriser ses avantages de localisation et ses avantages comparatifs, combiner ses ressources pour initier des projets grandioses…

Il n’y a pas mieux que de se frotter à des Américains pour évoluer mentalement et culturellement. Rappelons-nous que c’est à la Conférence de Casablanca qui s’est tenue du 14 au 24 janvier 1943 qu’ont été esquissés les contours du monde actuel.

L’Amérique de Trump pourrait voir son intérêt à court terme dans les divisions intra-maghrébines. C’est aux pays maghrébins de lui miroiter de meilleurs intérêts avec un Maghreb uni, homogène, souverain et indépendant.

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