Parmi ceux qui suivent mes écrits et mes vidéos, certains se sont interrogés sur ma manie d’utiliser des références religieuses dans mes raisonnements. Je leur réponds : C’est parce que mon lectorat et mon auditoire comptent des gens à qui l’histoire religieuse parle autant, sinon plus, que l’histoire réelle.
Le dossier du Sahara occidental m’intéresse depuis sa naissance en 1975, année où je me trouvais sous les drapeaux au titre du service militaire dans mon pays. J’ai été incorporé en novembre 1974 et libéré en février 1977. On croirait que j’y ai passé trois ans, mais ce n’était que vingt-sept mois. La prolongation de trois mois était justifiée par les affrontements qui avaient opposé les troupes algériennes et marocaines en 1976 dans ce qui a été appelé les batailles d’Amgala 1 et 2.
La Cour de justice internationale de la Haye a été saisie du dossier du Sahara occidental en décembre 1974 à la demande du Maroc et de la Mauritanie, via l’ONU. Elle a enquêté sur le sujet et rencontré les tribus sahraouies avant de rendre en octobre 1975 un « JUGEMENT CONSULTATIF » ainsi rédigé :
« Les renseignements portés à la connaissance de la Cour montrent l’existence, au moment de la colonisation espagnole, de liens juridiques d’allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental…
En revanche, la Cour conclut que les renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien d’autre part. La Cour n’a donc pas constaté l’existence de liens juridiques de nature à modifier l’application de la résolution 1514 quant à la décolonisation du Sahara occidental, et en particulier l’application du principe d’autodétermination…».
L’enseignement de l’histoire au Maroc, sa diplomatie, son discours public, sa propagande officielle et sa mémoire collective n’ont retenu que les trois premières lignes du Jugement, jetant à la poubelle les six autres. Réagissant à cet Arrêt et le foulant aux pieds, le roi du Maroc appelle à une « Marche verte » pour prendre possession du Sahara occidental par la contrainte.
Au comble des tensions, l’Espagne et les deux pays-prétendants s’entendent sur un compromis consigné dans les « Accords de Madrid » : le partager entre les deux pays. Le Maroc ne savait pas qu’en acceptant ce partage, il se soumettait à un deuxième jugement connu sous le nom de « JUGEMENT DE SALOMON » dont voici l’histoire :
deux femmes revendiquent la maternité d’un même enfant et sont amenées devant le roi Salomon pour trancher. Elles avaient accouché dans la nuit, mais l’un des nouveaux-nés était mort dans les couches. Pour savoir laquelle était la vraie mère, Salomon demande une épée pour couper en deux le bébé et remettre une partie à chacune. L’une des deux se désista spontanément pour que l’enfant ne soit pas sacrifié, entraînant l’intime conviction de Salomon qu’elle était la vraie mère.
Le « Jugement du roi Salomon » est resté dans l’histoire religieuse pour sa valeur morale, tandis que le « Jugement consultatif » du Tribunal de la Haye a été jeté à la poubelle par le roi Hassan II pour augmenter la surface et les richesses de son pays, puis par 130 États qui, en « monstres froids », ont reconnu la « marocanité » du Sahara occidental que la Justice onusienne a récusée en 1975. Cet « Arrêt » leur restera en travers de la conscience jusqu’à la fin de cette histoire dont on ne peut prédire ce qu’elle sera.
C’est sur ces deux jugements que s’est construite la position algérienne, en même temps que ma conviction personnelle, elle diplomatiquement pour s’opposer à une injustice suivie d’un reniement, d’un déni, d’un parjure, d’une trahison collective, moi intellectuellement pour témoigner.
La cause du Sahara occidental a été perdue à mes yeux en août 1979, quand la Mauritanie a signé avec la RASD l’« Accord d’Alger » qui rétrocédait en toute légalité la partie du Sahara qui lui était revenue lors du partage de 1975.
Le roi Hassan II se dépêcha d’envoyer son armée s’emparer de la région de Dakhla sans aucune opposition sahraouie ou algérienne. La proie était désormais à lui seul. Pourquoi le roi a-il accepté de partager le territoire avec la Mauritanie mais pas avec les Sahraouis ? Il n’est plus là pour nous le dire.
En octobre 1979, j’ai publié « Le génie des peuples » et « Le Khéchinisme » où je critiquais mon pays pour ses choix politiques et économiques fondamentaux. Cela dit, l’affaire du Sahara occidental n’est pas la seule injustice commise sur la terre.
L’histoire humaine a commencé avec le « péché originel » selon les chrétiens, suivi d’une expulsion (du Paradis) puis d’un meurtre (Caïn et Abel) puis de siècles de guerres qui ont tué des centaines de millions d’êtres humains sans que la Terre ne soit perturbée dans sa rotation autour du Soleil.
L’ONU n’ayant pas les prérogatives de Salomon mais seulement celles, « non-contraignantes » du Tribunal de la Haye, le dossier du Sahara occidental a traîné pendant un demi-siècle dans les tiroirs, les travées et les conciliabules de l’ONU avant que le Ciel n’envoie au monde un Juge de l’ Apocalypse en la personne de Donald Trump. Que va-t-il faire ? On verra…
En tout cas, le choix de l’Espagne est renforcé par le nombre et la diversité des régions autonomes qui la composent (19) et peuvent inspirer Sahraouis et Marocains.
