Les expressions « Fouet de Dieu » et « Fléau de Dieu » ont la même source chrétienne, « Flagellum Dei », qui signifie à la fois « fouet » et « fléau » de Dieu en latin. Mais les utilisations qui en ont été faites dans la cosmogonie chrétienne, ont donné un sens positif à la première et négatif à la seconde.
« Fouet de Dieu » a été appliquée à Jésus qui fouettait les « marchands du Temple» pour les chasser de Jérusalem. « Fléau de Dieu » est liée à Attila, roi des Huns, qui a répondu à un Évêque qui s’était présenté à lui comme « Serviteur de Dieu » : « Moi je suis le fléau de Dieu ! ». Saint-Augustin l’employait aussi dans ce sens pour désigner les malheurs infligés à la Rome décadente.
Devrait-on voir en Donald Trump un « Fouet de Dieu » venu séparer les gentils des méchants, le bien dont il ne sait rien, du mal qu’il incarne naturellement, donc sans le faire exprès ?
Ou alors un « Fléau de Dieu » envoyé au monde pour le punir d’écouter les divagations d’un homme comme lui et de lui obéir? Cet homme ne peut pas appartenir à la catégorie des chasseurs de « marchands du Temple », mais à celle des marchands du Temple eux-mêmes.
Jamais la comparaison n’a été aussi juste que ces jours-ci où on le voit former non loin de Jérusalem, et au nom de Gaza, un « Conseil de Paix » où l’adhésion coûte 1 milliard de dollars versés en espèces.
Le Maroc, les Émirats, Israël, l’Égypte, Bahreïn, la Turquie et la Russie étaient parmi les premiers pays à accourir, flanqués de valises diplomatiques contenant l’impôt d’allégeance.
La plupart d’entre eux sont venus à cette rencontre avec le roi lion, avec le roi de la jungle, pleins d’enthousiasme et d’arrières-pensées : celles de pouvoir bientôt régler leurs comptes avec leurs voisins, de s’accaparer de nouveaux territoires ou de ressources des autres, d’acquérir impunité et immunité pour le mal qu’ils feront. Ils ne portent pas de pensée mais des appétits expansionnistes, impérialistes.
Ils sont prêts à se muer en tueurs à gages d’une organisation transfrontières plus proche de « Cosa Nostra » que d’une nouvelle Société des Nations œuvrant au bien de l’humanité après avoir tiré les leçons et enseignements des expériences précédentes.
Il n’y a pas longtemps, Trump confiait aux médias qu’il n’était pas là pour changer l’Amérique seulement, mais le monde. Après l’enlèvement de Maduro, il a ajouté: « Je ne crois pas au droit international. Seule ma morale peut m’arrêter ».
Ces phrases ne sont pas anodines, elles expriment de la suite dans les idées chez cet homme qui a mis ses pas dans ceux d’Attila avec la certitude que « Dieu est fier de ce qu’il a réalisé en un an ».
Fruit d’une génération spontanée, il ne s’inscrit dans aucune continuité, aucune suite logique. Il veut changer le monde sans plan préétabli, sans feuille de route, sans but, sans idéal, sans concertation avec les autres dirigeants, juste en son nom propre et rien qu’en suivant ses intuitions et son instinct.
Pécheur devant l’Éternel, ayant commis les sept péchés capitaux au complet, sans trop d’illusions sur ses chances d’aller au paradis, selon ses propres aveux, il assume sa nature et lui donne libre cours en cette vie.
Les mots « idéal » et « deal » ne sont séparés que par une lettre, un minuscule « i », que Trump a supprimé d’une chiquenaude pour qu’il n’en reste que les lettres formant le contraire de l’idéal, c’est-à-dire le « deal » au sens anglo-saxon qui peut être un raccourci de l’idée qu’un « mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès », ou carrément une escroquerie.Donald Trump n’est pas le genre de médecin qu’un malade aimerait trouver à son chevet au réveil sur un lit d’hôpital tant il est autoritaire, rébarbatif, condescendant, prompt à humilier et à écraser.
Il aime surprendre ses invités ou ses interlocuteurs, leur faire perdre leur maintien en public et même les effrayer. Il n’aime pas être contrarié et encore moins contrecarré.
Les mots qu’il n’inspirera jamais pour le qualifier sont l’humilité, la modestie, la compassion, la tendresse, le pardon, l’empathie…Venu du show-biz, du monde du divertissement, il était un monstre sacré des distractions avant de se révéler en arme de destruction massive, en « minute-man » prêt à frapper n’importe qui, n’importe où et n’importe quand, sans état d’âme.
Avant d’être porté par un type de missile balistique américain, le nom de « minute-men » était donné à l’élite des soldats des milices de la Révolution américaine qui étaient capables d’être prêts au combat en deux minutes.
Aujourd’hui, on dit « Forces spéciales ». Le nouveau siècle avait-il besoin d’un homme comme Trump pour avancer, pour s’arracher à l’inertie des siècles antérieurs, pour procéder à une rupture épistémologique ?
Il s’est attelé au démantèlement de l’Occident, de l’Otan, de l’Europe, du monde, sans réfléchir à par quoi les remplacer en dehors de l’idée d’organisation mafieuse qu’il a présentée à Davos.Trois ans encore de Trumpisme… Que ne fera-t-il ? Dans quel état sera le monde après lui ?
