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GUERRE DU GOLFE : UN ÉPISODE MODERNE DU CONFLIT SUNNITES-CHIITES

by admin

Pour qui connaît l’histoire des premiers temps de l’islam, des premières guerres civiles nées dans la maison même du Prophète et du schisme matinal qui a brisé l’islam en courants sunnite et chiite auquel n’était pas étrangère l’influence israélite, il est impossible de ne pas voir dans la guerre en cours dans le Golfe arabo-persique un épisode moderne opposant les chiites à une coalition formée des États-Unis, de leurs alliés sunnites et d’un tireur de ficelles israélien.

Derrière l’effigie d’Espstein qui plane sur l’actualité mondiale, on ne peut s’empêcher de deviner l’ombre de Kaab al-Ahbar des temps médinois.Reprenons le fil de l’histoire ancienne pour mieux comprendre le présent. Après l’assassinat du calife Ali par un Kharidjite, son fils Hassan lui succède dans la province irakienne.

Il reprend le combat contre Moawiya mais ses partisans le trahissent et il meurt, empoisonné par l’une de ses épouses passée, elle aussi, à l’ennemi. Son frère Hussein le remplace et refuse l’allégeance à Yazid, fils et successeur de Moawiya. En épousant une princesse iranienne, fille du dernier roi sassanide, Yezdegerd III, Hussein mêle le sang du Prophète à celui des Iraniens.

En 680, il est acculé avec sa famille à mourir de soif dans le désert de Kerbala par les soldats de Yazid qui commettent sur eux un ignoble massacre. Son fils Ali ben al-Hussein survit à l’épreuve, ce qui permettra à la descendance du Prophète par Ali et Fatima de se perpétuer.

Pour les Chiites, les imams descendant d’Ali et de Fatima sont des guides infaillibles, dépositaires du sens caché du Coran. C’est à compter du jour de la mort de Hussein que les chiites comptent les années, et le chiisme deviendra à partir du XVI° siècle la religion officielle de la Perse où le Shah, puis depuis 1979 le Guide suprême (Morshid), gouverne au nom de l’Imam caché.Selon Tabari, la crise de Siffin est le résultat d’un complot tramé par un Juif du Yémen converti à l’islam, Abdallah Ibn Saba, qui aurait soulevé les gens d’Égypte contre Othman où ce dernier l’avait exilé.

Il répandait depuis longtemps déjà l’idée que c’est Ali qui aurait dû succéder au Prophète et que Othman avait usurpé ce droit à la mort de Omar. C’est lui qui serait à l’origine de la doctrine chiite qui avait commencé à se propager en Égypte, à l’insu de Ali.

Mohamed Abdou écrira plus tard dans son livre « Rissalat at-Tawhid » : « Parmi les principaux acteurs de la révolte conte Othman, était un certain Abdallah Ibn Saba, juif converti à l’islam. Il était allé si loin dans son amour pour Ali qu’il s’imagina que Dieu était descendu en lui, le proclama comme étant le plus digne du califat et se révolta contre Othman. Celui-ci l’exila en Égypte, mais là, Ibn Saba trouva des complices qui l’aidèrent à fomenter la révolte… Sous le califat d’Ali, il prêcha de nouveau sa croyance et fut exilé à Madain… Cela amena des guerres intestines, les Omeyyades en sortirent triomphants et l’unité du monde musulman brisée… ».

Bennabi reprendra cette thèse dans « Le problème juif » mais en citant un autre personnage : « Déjà à Médine, le venin juif avait été introduit dans la communauté musulmane par Kaâb al-Ahbar, un rabbin ostensiblement converti, et qui fut l’artisan des assassinats qui ébranlèrent l’islam dès ses origines (Omar, Othman et Ali).»Les luttes intestines au sein de l’islam ont d’abord été la conséquence d’une vieille haine opposant les Banou Omeyya dont descendent Abou Soufyane et sa dynastie à travers Moawiya, et les Banou Hachem dont descendent le Prophète et Ali.

A cette rivalité ancestrale s’est ajoutée une haine plus récente surgie à l’intérieur de la propre famille du Prophète entre Ali et Aïcha, fille d’Abou Bakr, soutenue par Hafsa, autre épouse du Prophète et fille de Omar.

C’est ce conflit qui a donné lieu à la première guerre civile (la bataille du chameau) qui a éclaté dès le moment où Ali avait été choisi comme calife.

La dynastie omeyyade appellera sur elle la vengeance des descendants de la famille du Prophète, les Abbassides, qui extermineront les descendants de Moawiya. Un seul en réchappera qui ira se réfugier en Espagne où il fondera l’émirat de Cordoue.

Sous les quatre premiers califes et sous les Omeyyades, la civilisation musulmane réalise l’essentiel des conquêtes territoriales. Pendant les trois premiers siècles du règne abbasside, elle connaît sa plus forte période de créativité intellectuelle (entre le VIIIè et le XIè siècle) : les sciences se développent, la littérature brille de ses plus belles productions, la traduction des œuvres grecques donne une impulsion à la philosophie…

Ce mouvement de traduction des chefs-d’œuvre de la pensée grecque (Hippocrate, Gallien, Platon, Aristote…) en arabe avait pris son élan à Bagdad sous le règne d’al-Ma’moun, d’Al-Mu’taçim et d’al Wathiq, entre 813 et 842, c’est-à-dire à l’époque où les califes étaient des partisans de l’école « mu’tazilite » (rationaliste).

Le paradoxe est que ni les Sunnites qui ont accepté la transmission héréditaire du pouvoir à une autre famille que celle du prophète (les Omeyyades), ni les Chiites, qui ont inventé l’infaillibilité des Imams, qualité dont ne se prévalait pas le Prophète, n’avaient raison.

Tous les deux avaient tort. Depuis lors, les conflits de succession, les assassinats de califes, les soulèvements religieux, ethniques et politiques ne cesseront plus dans le monde musulman et ne seront contenus que par la force.

L’autorité du califat abbasside n’est plus reconnue en Iran où gouvernent les Saffarides. Au Maghreb, des Émirats et des dynasties kharidjites apparaissent. L’Égypte s’autonomise avant de devenir le siège de l’Empire fatimide à l’avènement de Saladin, puis ce seront les Mamelouks qui la gouverneront de 1250 jusqu’à l’arrivée des Ottomans en 1517.

Le califat abbasside disparaît avec les invasions mongoles qui détruisent l’Iran en 1231 et Bagdad en 1258. Une deuxième vague, menée par Tamerlan, viendra achever le règne arabe. Des kyrielles d’Émirats et de royaumes surgissent partout, ouvrant la voie à la Reconquista, aux Croisades, au Colonialisme et au Sionisme.

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