Home ARTICLESKABYLIE ET SAHARA ORIENTAL : DEUX PIEGES POUR 100 ANS

KABYLIE ET SAHARA ORIENTAL : DEUX PIEGES POUR 100 ANS

by admin

J’ai récemment pointé du doigt les deux détails où se cache le diable au Maroc : dans la Constitution du royaume où il a inscrit l’extensibilité de ses frontières, et l’ouverture de son identité nationale à la dimension hébraïque. C’est sur ces deux jambes que tient son projet d’« Empire chérifien ».

Le Maroc vole de victoire en victoire, d’un succès à un autre en peaufinant un profil de gagnant, alors que l’Algérie affine sans s’en rendre compte un profil de perdant en courant d’un échec à l’autre. Nous gagnerions plus à réfléchir sur ses succès, ses points forts et ses qualités, qu’à focaliser sur ses points faibles et ses insuffisances.

Commençons par un regard en arrière sur le chemin parcouru par les deux pays. De 1962 à 2025 le Maroc a eu 2 chefs d’Etat, et l’Algérie 7 (je ne compte pas les intérimaires Bitat, Kafi et Bensalah).

En 1962 l’Algérie jouissait d’un prestige mondial exceptionnel dû à ses martyrs, et pouvait compter sur des ressources économiques propres à la placer en tête des économies arabes et africaines au moins.

Le Maroc était pauvre en ressources naturelles en dehors du phosphate, et il était regardé comme une société archaïque et une monarchie moyenâgeuse. Les deux pays ont connu deux coups d’Etat chacun qui ont réussi en Algérie et échoué au Maroc.

La monarchie était menacée dans les années 60 et 70 par les idéologies de gauche puis par l’islamisme dans les années 2000, mais elle s’est renforcée et enracinée comme jamais avec la question du Sahara occidental qui est devenue le ferment de l’unité nationale.

Le Maroc a gagné la partie grâce à la mobilisation populaire (« marche verte ») en 1975, à la réactivité de son armée en 1979, et à ses talents diplomatiques qui ont rallié à sa cause 130 pays entre 2007 et 2025.

Toutes ces facultés et capacités ont été subordonnées à cette fin et aux perspectives d’avenir qu’il ne dévoilait pas : rétablir le pays dans ses « frontières authentiques ».

Pour lui, le plus gros a été fait. Il a conquis le Sahara occidental pour augmenter de presque 70% sa superficie et ses ressources économiques, et veut passer maintenant au dossier du « Sahara oriental », à la revendication de territoires algériens du Sud et de l’Ouest.

Pendant qu’il forgeait et cimentait son unité nationale, l’Algérie plongeait dans une guerre civile qui hantera les mémoires dans un siècle encore. L’islamisme a failli la détruire, alors qu’au Maroc il a été domestiqué au point de l’amener à signer les Accords d’Abraham.

L’Algérie n’a aucune visée sur le Maroc, l’Atlantique ou le Sahel. Elle s’est néanmoins retrouvée isolée et presqu’encerclée par son voisinage maghrébin, sahélien et européen (France et Espagne), son front intérieur fracturé, son économie chancelante et ses forces morales et intellectuelles démotivées.

Les nuages s’amoncellent au-dessus de sa tête et les casus belli se multiplient mais elle vit comme si de rien n’était.

Deux dangers en particulier planent en rase-motte dans son ciel : la proclamation d’indépendance de la Kabylie par le MAK le 14 décembre prochain, et la revendication par le Maroc de territoires qu’il nomme son « Sahara oriental ».

Il suffit qu’un premier pays reconnaisse « l’Etat de Kabylie » et/ou « la marocanité du Sahara oriental » pour que s’ouvrent pour nous les portes de l’Enfer contre lesquelles je mettais en garde par écrit il y a déjà longtemps.

J’ai quelques noms sur les lèvres, mais je préfère les garder pour moi.L’Algérie n’est plus loin du point de bascule qui la verra sombrer dans une guerre ravageuse ou placée sous des sanctions économiques aux conséquences dévastatrices.

Pour le moment aucun pays ne l’a attaquée, mais plusieurs doivent être en possession de plans terrestres, aériens et maritimes pour le faire. Et tout cela sous le mandat d’un Donald Trump qui est à lui seul un risque majeur.

L’Algérie doit élever sa réflexion au niveau des enjeux qui l’impliquent et des périls qui la guettent. Elle doit reprendre l’initiative, lancer des idées nouvelles et des propositions de nature à relancer le projet d’union maghrébine et de solutions consensuelles avec le voisinage.

L’attentisme et la chaise vide ne lui apporteront rien.

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